Entretien avec un rêveur

Premières réponses

Tu dis être parti en vrille après le choix de ta formation, tu voulais parler de tes premiers émois ou de tes choix professionnels (ou des deux) ?
Les deux… j’ai travaillé 3 ans en tant que salarié… j’étais avec quelqu’un… j’avais une voiture… une petite maison… j’ai tout arrêté et je suis parti 2 ans en coopération au Togo…

L’Afrique, les voyages à répétition… je ne vais certes pas être très originale sur ce coup là, mais j’aimerais bien en savoir plus, les endroits où tu es parti, ce que tu en as retiré…
Donc le Togo et ensuite des petits voyages en Europe de l’Est, au Maroc… j’ai travaillé sur Londres, Madrid, Paris… J’en ai retiré une liberté extrême et le sentiment que tout était possible… une grande ouverture d’esprit et le sentiment qu’il n’y avait pas de vie plus « juste » ou « normale » qu’une autre… Ce que semble oublier la plupart des gens… ils pensent toujours que ce qu’ils vivent est ce que l’on doit vivre…

Tu parles de tes théories, de ta vision de la vie, d’une philosophie qui t’est propre, et que l’on écoute avec attention mais qui ne se partage (visiblement) pas si facilement… mais penses-tu avoir trouvé les bons gestes, les bonnes images pour faire passer l’envie, la distiller à celles que tu convoitais et/ou qui partageaient ton quotidien ?
Je ne sais pas trop. Beaucoup de personnes sont d’accord avec moi ou intéressées mais finalement personne ne souhaite changer ses habitudes. Par peur, je crois. Par facilité aussi. Et parfois par conviction tout simplement. Quand je dis que je vais dans les Pyrénées, neuf fois sur dix, on me dit « c’est génial, je t’envie, tu as bien raison… mais moi je ne pourrais pas ». Ca me fait rire… Je n’en veux à personne. Nous avons tous nos parcours. Par contre, je souffre qu’on soit d’accord avec moi, séduit par ma façon de vivre mais qu’au final, personne ne s’engage vraiment… Surtout que cela reste ouvert. Je ne souhaite pas forcément tout remettre en question ou vivre sur la route… j’aimerais juste des projets en commun, petits ou grands… des choses fortes… Je respecte les gens qui ont des passions et qui les vivent. Je respecte aussi ceux qui aiment vraiment leur boulot… mais je ne respecte pas les gens qui ne sont pas épanouis et qui ne changent rien… moi, je ne peux pas vivre ça, j’ai l’impression d’attendre la mort…

Je me suis interrogée sur ma position aujourd’hui, dans l’hypothèse où je serais libre de mes mouvements plus d’une semaine d’affilée (!), donc sans enfants, sans engagement professionnel, et te rencontrant, avec tes belles histoires (dans le sens noble du terme) et tes rêves à vivre… et je pense comprendre (au moins un peu) les femmes qui freinent des quatre fers devant la réalisation de ce qui ne représentait pour elles que de jolis contes à idéaliser (ou un cadre à admirer au dessus de la cheminée)… je ne les connais pas, bien sûr, je ne te connais pas beaucoup plus à vrai dire (…)
Développe, ça m’intéresse… J’ai toujours pensé que cela rendrait heureuse une femme ce que j’ai à donner… mais je me suis trompé… Je commence surtout à comprendre qu’elles ont besoin d’un nid douillet et d’un homme rassurant… C’est complexe. Parce que si tu es trop pantouflard, ça ne va pas… trop aventurier non plus… Elles ont aussi maintenant besoin d’avoir une vie professionnelle épanouissante, d’être mère, amante… Quel boulot ! Et si tu vois et que tu ressens vraiment la mort, la vie n’a pas de finalité en soi… donc autant qu’elle soit comme un conte… d’où ma théorie de « rien n’est important (puisque l’on va mourir) donc tout l’est (vivre avec passion, sans oublier que cela ne sert à rien, que tout est futile…) »

(…) mais disons que tu sois sans défaut (?) et que le seul handicap dans ton projet de vie soit ton désir de vivre l’intense, ta boulimie d’expériences si possible enrichissantes… mettons nous à leur place une seconde… tout cela est synonyme d’envies à assouvir, de tourbillon d’émotions, de constante nouveauté… et cela peut aussi induire que ce qu’elles apportent, à votre relation et à toi même, ne suffit pas… pour peu que la plupart soit des génitrices dans l’âme et l’étincelle doit à tout jamais rester sous verre…
Tu as raison. Je n’avais jamais vu ça sous cet angle… Je crois que je dois faire peur des fois… J’imagine que cela doit un peu tétaniser… on me dit souvent que je suis extrême ou exigeant… Ce que je ne ressens pas vraiment, mais cela doit être une façon de me dire « je n’arriverai pas à te satisfaire… je ne sers à rien dans ta vie… ». Je ne sais pas quoi en penser. Je ne sais pas comment expliquer que mon bonheur c’est de partager mon monde… de donner… pourvu que l’on apprécie réellement ce que j’ai a donné… Et plus encore, j’aimerais qu’on me prenne aussi un peu par la main pour m’emmener dans des « mondes » que je ne connais pas. Ma psy me dit que je cherche mon double… Je ne crois pas mais peut-être un peu plus proche oui. Enfin, au moins quelqu’un que je ne dois pas convaincre… ça serait déjà pas mal.

A 20 ans, je t’aurais suivi sans une seconde d’hésitation, géographiquement, spirituellement… tant qu’on me laissait (laisse) mon libre arbitre, j’étais (je suis) à l’affût de nouvelles expériences… aujourd’hui donc (je continue le fil de ma pensée), je sais que, alors même que mes projets de procréation sont déjà (bien !) réalisés, l’âge, l’expérience (la vie en somme) font que je ne me jetterais plus à corps perdu dans une aventure, pour en vivre le meilleur comme le pire, car c’est aussi ça vivre le jour présent, redécouvrir le sens de la vie, encaisser le bon comme le moins bon (ce que je vis aujourd’hui, à une moindre échelle je te l’accorde, mais qui n’en enlève pas moins le piment aux situations).
Je comprends. J’ai eu cette envie avec mon ex. Me poser un peu… C’était très agréable. En fait, mon idéal serait d’avoir une petite maison comme un petit port pour prendre le temps, faire des choses simples… puis de temps en temps partir sur un projet… Il ne faut pas croire que je suis un fou furieux… j’ai rencontré des vrais aventuriers et je serais bien incapable de réaliser ce qu’ils font. J’ai toujours bien organiser mes projets… Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles… Il faut se jeter à corps perdu dans des aventures (avec l’expérience, on apprend à reconnaître les pièges et à les éviter…). Il faut ressentir encore et encore de vraies émotions, même fortes… c’est ce qui fait la vie. Si on était pas vraiment malheureux un jour comment pourrait-on être vraiment heureux un autre ?

Alors oui… à 17/25 ans, le temps des copains, des amourettes et de la vie au jour le jour… arrive ensuite le temps de la trentaine, des projets de vie qui finissent de se dessiner et qui se conforment pour la plupart à « metro/boulot/dodo… enfants »… et puis il y a les « marginaux », qui n’ont en fait de marginal que le mérite de ne pas avoir oublié leurs rêves, leurs envies et ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue… il n’en existe pas qu’un, de ces rêveurs… mais la probabilité pour que des représentants des deux sexes se rencontrent et fusionnent se réduit avec les années qui passent pour chacun d’eux… cela n’empêche qu’il en existe toujours… et qu’à 34 ans, une vie est très loin d’être terminée…
J’espère, oui. Je me fatigue un peu aussi parfois… mais j’essaie de garder un peu de fraîcheur. Je suis de nature optimiste. Et je me laisse guider par mes envies. J’ai une bonne étoile dans l’ensemble et je crois à la vertu de toujours essayer. On a rien à perdre… les adultes ont peur de se planter… Ils estiment souvent qu’ils n’ont plus rien à apprendre. Et ils ne veulent plus montrer qu’ils peuvent encore « tomber du vélo sans les petites roues ». Je n’ai pas cette orgueil là et j’adore apprendre des choses que je ne connais pas du tout. Comme un enfant. Mais, c’est vrai que le temps passe et cela me fait un peu peur. Il faut l’apprivoiser.

Pour finir, les Pyrénées, un break loin de tout ce qui peut te peser, c’est vraiment la bonne opportunité pour te recentrer, tu es un chanceux dans ta peine… as-tu déjà eu l’occasion de faire ce genre de « point » ?
C’est drôle que tu m’estimes chanceux. Cela fait un an que je prépare ça. Je me suis séparé de tout mes biens. J’ai arrêté mon boulot. Je n’ai plus de maison. Je me suis lancé dans le vide. Ce n’est pas de la chance. C’est une volonté. Et j’ai peur mais je l’accepte. Je préfère un peu de peur et d’excitation que de la dépression… Et oui, j’ai déjà fait ce genre de choses. En partant en Afrique, en me mettant à mon compte. En voyageant. Et puis cela fait quinze ans que je vais dans les Pyrénées me ressourcer et que j’apprends à comprendre ce qu’ils vivent…

Le rêveur à Plume…

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