Impromptus : les jours de la semaine

– lundi –

Cher journal,

J’ai encore merdé. Je lui ai fait croire des choses complètement fausses. Et pourtant, tu es bien placé pour le savoir, je n’ai pas envie qu’il garde ces impressions de nos conversations. Mais c’est plus fort que moi. Je ne peux m’en empêcher. J’ai besoin qu’il exprime ses douleurs pour me sentir rassurée. Ne pas être seule sur le bateau en somme. Qu’il me dise que oui, ça lui fait mal, que oui, il en souffre, que oui, m’aimer est bon, mais difficile. J’ai besoin de l’entendre, de le lire, parce que lorsque je le lis, lorsque je l’entends, c’est moi qui écris ces mots, c’est moi qui les pleure.

– mardi –

Cher journal,

J’ai encore merdé. Elle m’a dit qu’un homme comme ça on ne le laissait pas filer. Qu’une perle de cet acabit méritait que l’on se batte pour lui, qu’on défende bec et ongles la relation qui nous lie à lui. Elle me l’a dit comme on apaiserait un enfant, comme on chercherait à prouver qu’une situation n’est pas désespérée, comme on tendrait à faire croire que demain est toujours meilleur. L’enfer est pavé de bonnes intentions dit-on. Alors c’est dit, je suis le trajet des flammes éternelles. Je ne lui veux que du bien, mais je ne lui fais que du mal. A force de préserver, je cache, je tais, je mens.

– mercredi –

Cher journal,

J’ai encore merdé. Il me fait penser à ces hommes blessés qui ne veulent plus se laisser atteindre, mais qui ne peuvent faire autrement parce qu’ils sont sensibles aux belles choses. Cette race d’humains qui décide de vivre en marge des sentiments, parce que ceux-ci sont trop intenses, trop chargés. Ces mêmes hommes qui pourtant s’abandonnent dans les songes les plus irréels dès lors qu’ils se sentent en sécurité. Mangeuse d’hommes. J’ai faim. Je suis tenace. Je suis obsessionnelle. Je suis obsédée. Et obsédante.

– jeudi –

Cher journal,

J’ai encore merdé. Je suis la petite fille la plus capricieuse du monde. Je mets un point d’honneur à ne jamais directement demander ce dont j’ai envie sur l’instant, j’exige intérieurement de l’obtenir. Par crainte de ne pas être écoutée, considérée, respectée. Et ce dont j’ai envie, ce que je demande silencieusement, il me le faut vite. Très vite. Ne jamais verbaliser. Trop de risques de ne pas être comprise. Faire ressentir, voire culpabiliser, endurer, tel est mon mode d’échange. Et rester sur le qui-vive pour ne pas être frappée par le retour de bâton.

– vendredi –

Cher journal,

Je crois que j’ai merdé. Il est résistant. Il m’aime. Il me veut. Je l’aime aussi. Et je ne veux que lui. Mais j’ai quand même écrit l’inverse il y a quelques secondes, au vu et au su de tout le monde, de manière impersonnelle et déplacée. Je distille mon poison malgré moi. Je laisse ma part d’ombres gérer les affaires et étouffer celle qui voudrait vivre. Et j’attends. Lentement, que tout cesse. Vouloir et renoncer. Désirer et gâcher. Construire et démolir. Rêver et être baisée. Je l’ai espéré, je l’ai eu, je l’ai malmené, je l’ai épuisé.

– samedi –

Cher journal,

Je crois que je ne sais plus rien. Il est revenu. Il revient. Encore. Il a réussit à ouvrir une porte, minuscule, à peine plus grande que l’estime que j’ai de moi. Mais il a trouvé l’ouverture, a posé sa main sur (mon épaule) le bouton de cette porte, a posé son regard (sur le mien) sur la peinture défraîchie et a tenté d’entrer (en moi). Il m’a fait du bien, partout, il m’a inondé de sa chaleur, partout. Mais c’était trop fort, trop éblouissant pour moi. J’ai donc refermé la porte sur (son cœur) ses doigts et l’ai verrouillée à double tour.

– dimanche –

Cher journal,

Je crois qu’il a réussi. Avant que je ne le mette dehors, il avait pris soin de partir avec une chose précieuse. Il l’a trouvée là, par hasard, en ouvrant les yeux, en observant ce qui l’entourait et il s’est baissé pour la ramasser, certain qu’elle lui servirait plus tard. Une clé. Pas n’importe laquelle. « La » clé. Celle qui ouvre tout. Mon âme, mon cœur, mon corps. Celle qui lui permet de me faire profiter et de profiter, de m’attendrir quand il sent que j’en ai besoin, quand il en a besoin aussi, de me faire vibrer quand il me donne tout ce qu’il a. « Sa » clé.

13 réponses sur “Impromptus : les jours de la semaine”

  1. Ouh tu me mets les larmes au yeux! ARRETE DE MERDER B*RDEL DE M*ERDE!!!!!!!!!!!!!!
    Euh pardon, un moment d’égarement. C’est que j’aime pas quand les gens que j’aime bien sont malheureux. Et puis je crois que ça me rappelle quelque chose cette histoire.

  2. Oh que oui Eve, à qui le dis-tu !

    Merci Sandrine, ça me fait très plaisir…

    Pibette, bienvenue et je te remercie pour ce com bien sympathique !

    Reine (sourire) désolée, je ne voulais pas te perturber ma belle… mais si l’émotion est là, c’est que je peux continuer à écrire alors…

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