Impromptus : Tous les soirs c'était la même farce

Tous les soirs c’était la même farce. Il fuyait mes œillades dès le dénouement du film. Tout le long du générique de fin, il prenait bien soin de ne pas croiser mon regard, histoire de ne pas avoir à le soutenir, lui et tout ce qu’il pouvait suggérer. C’était épuisant à force. Je cherchais sans cesse de nouvelles façons de l’interpeler, des plus douces aux plus entreprenantes, mais rien n’y faisait. Usant. Trouver divers stratagèmes pour arriver à mes fins, au moins une fois dans la semaine. Et encore, je n’arrivais pas toujours à maintenir cette fréquence. Non, décidément, ça devenait incompréhensible. Que lui arrivait-il ? D’accord, il n’a jamais montré d’affinités particulières avec La Chose, mais quand même.

Je ne suis pas vilaine. Je suis gentille. Je suis ouverte. Bon sang, mais que lui faut-il pour retrouver la (déjà) misérable flamme qui s’agitait dans son pantalon l’année dernière, au début de notre mariage ? Que lui faut-il pour avoir une pâle étincelle de lubricité dans le regard, juste le petit coup de starter dont sa monture a, quoi qu’il arrive et invariablement, besoin pour démarrer ? Qu’est-ce qui pourrait le décider à ne plus subir mes avances, mes assauts, mais à en être, lui, à l’initiative, ne serait-ce qu’une fois ? Existe-t-il vraiment des hommes qui sont si peu tournés vers La Chose ? Se pourrait-il que je sois tombée sur un de ces modèles qui se contentent de quelques dizaines de secondes de plaisir pour une semaine (voire un mois) de tranquillité ?

Quelle belle connerie. Pas de sexe avant le mariage. Quelle foutue connerie. Et je fais quoi moi maintenant ? Je continue à supplier Dieu dans mon coin pour avoir, par exemple, le droit de jouer de la flûte, enfin, que dis-je… pour avoir au minimum l’autorisation d’approcher, juste approcher, ma bouche de son instrument ? Autant pisser dans un violon. Et imaginer d’autres positions que celles validées, pardon, que celle validée par son éducation est carrément du domaine de l’impossible. Nous ne pourrons jamais accorder nos violons sur le sujet manifestement. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. Souvent, le soir, après avoir rincé ma cornemuse à l’aide d’un thé léger, je me sens l’âme d’une amazone, prête à tout, aidée des scenarii qui se déroulent tambour battant dans mon imagination. Mais non.

Je suis condamnée, par les convenances, nos familles respectives, ma couardise, et que sais-je encore, à n’être qu’une éternelle frustrée. Je ne vais rythmer mes envies que par mes suppliques régulières et tentatives désespérées pour obtenir une petite fantaisie, un petit pois de folie au lit. Ou peut-être vais-je finir pécheresse. Enfin, rêver, ce n’est pas tromper, n’est-ce-pas ? Heureusement non, je serais déjà damnée sinon. Profiter honteusement et avec grand plaisir des histoires que ces fantasmes entraînent invariablement les nuits qui suivent leur création, ce n’est pas tromper, n’est-ce-pas ? Se satisfaire, seule à défaut d’être dignement accompagnée, à l’aide d’un amant sans cœur, ni peau, ni bras, ni jambes, de la taille d’un double décimètre, en plastique rose bonbon, ce n’est pas tromper, n’est-ce-pas ? Répondre par un clin d’œil aux sourires du voisin qui ne manque pas une occasion pour un compliment, de plus en plus appuyé, le compliment, ce n’est pas tromper, n’est-ce-pas ?

(…)

Consigne : Démarrer le texte avec « tous les soirs c’était la même farce » et inclure un ou plusieurs instruments de musique dans le texte.

La SMIP passe à table, part. 2

Où en étions-nous ? Ah oui, je vous racontais à quel point je pouvais être une maman indignement parfaitement despote… et c’est pas fini, non, non !

Deuxième règle à la maison (allez, tiens, prends ça dans les dents). De la va-rié-té. Une crudité et un légume à au moins un des deux repas, voire les deux si possible, avec toujours un petit féculent qui fait bien passer le tout. Et c’est fromage et fruit, ou yaourt et fruit, ou dessert lacté et fruits. Pas de surconsommation protéinique et graisseuse, juste ce qu’il faut (quand je vous dis que je suis un tyran). Finalement, c’est en imposant des bases de la sorte que les loupiots qui composent la fratrie chère à mon coeur mangent beaucoup de fruits et légumes, tantôt en bonne quantité, tantôt beaucoup moins, mais toujours régulièrement. Pas trop de viande (3 fois par semaine environ), poisson et crustacés à la même fréquence, quelques desserts maison, temps ou pas temps. Et je jongle. Entre le carnivore que représente le premier et la petite bouche carnée qu’est le second (n°3 fait dans la bidoche et le poisson à fond aussi). Pour que tout le monde ait un peu de ce qu’il aime, tout en continuant à rester ouvert sur les choses moins courantes. Ou courantes mais pas au goût de tous.

J’aime le fait maison, même si quelques indus’ se glissent dans mon caddie, je préfère savoir d’où viennent les aliments. Je regarde scrupuleusement d’où ils viennent, pour de vrai, en fait. Plutôt du poulet fermier une fois par semaine qu’une daube avec des ailes moins chère et plus souvent. Des oeufs de petites poules qui peuvent courir partout, même si ça m’oblige à n’en prendre qu’une douzaine par semaine. Les fruits et légumes des producteurs régionaux (merci l’hyper de la grande ville qui fait en sorte d’ailleurs, quand la vente directe est en panne, c’est mieux que rien), des poissons tracés… je suis pas une, comment on dit déjà ? orthorexique, c’est ça ! (bon sang, mangez du poisson, voyez ? ma mémoire revient !), non, non, je n’irai pas jusque là. Hyperphage me suffit. Cette maladie, dont je suis sortie comme un alcoolique est sorti de sa propre maladie depuis peu d’années, me guide aussi dans la transmission des informations à mes enfants : ni trop, ni trop peu. Pas de surprotection, pas de surinformation, mais « de » l’information : ce que représente des bonbons nutritivement, mais aussi le plaisir d’en manger, l’avantage d’un drive de temps en temps, mais aussi les dangers de la malbouffe, etc… un peu de bon sens, quoi.

Avec tout ça, je n’ai pas terminé mon fil commencé dans le billet précédent, concernant le bât qui pourrait blesser dans ma vision des choses, mais côté parents. Le fait de laisser son enfant sortir de table sans avoir mangé grand chose. Parce que oui, ce que je n’ai pas précisé ouvertement mais que je m’empresse de faire dès maintenant, c’est que si le rejeton refuse catégoriquement de manger, je n’insite pas des heures, juste quelques fois, durant le repas. Oui, il reste à table avec tout le monde. Et oui, il ne touche à rien d’autre s’il n’a pas fait l’effort d’une fourchette. Sadique, bourreau d’enfants, tout ce que vous voulez. Mais SMIP sur les bords aussi. Imperfectible je vous dis.

Inflexible, aussi. Sauf en cas de trouble manifeste, je ne démords pas de ce principe et finalement, il réussit plutôt pas mal : mon grand réclame du chou-fleur et des brocolis aujourd’hui, alors que mon second goûte tout, sans rien dire, même s’il n’aime pas (enfin, l’avocat de la semaine dernière, j’ai bien cru que j’allais perdre patience : vous vous rendez pas compte ? c’était veeeeert !). Et le dernier suit le mouvement (sauf hier midi, grande première, il a abandonné son dessert contre le droit de ne pas goûter aux champignons, dingue). Et si le premier l’a moins testé que n°2, il s’est quand même présenté pas mal de repas sans grand chose d’ingurgité, pour l’un comme pour l’autre. Et en plus de deux ans pour n°3, je n’ai encore jamais été confrontée au problème sur un repas entier avec lui.

Faut dire aussi, que voilà, si je suis exigeante sur cet aspect-là, je suis plus coooool sur un autre : je fais mes menus de manière hebdomadaire. Seule solution pour : 1°) manger équilibré, 2°) ne pas trop dépenser, 3°) faire de l’alimentation familiale une activité participative. Mes enfants choisissent au moins un repas par semaine, et participent à l’élaboration des autres. Seule consigne ? respecter les apports que l’on doit avoir sur une journée et… total free style pour le choix de leur menu. Je vous accorde que les pizze, crêpes et autres hamburgers maison reviennent très souvent, mais qu’importe. Quand n°1 me souffle des courgettes en accompagnement de l’agneau/semoule du lundi ou que le second me sort salade de tomates avec jambon et un peu de maïs pour le dîner flemme du dimanche soir, moi je dis que j’ai gagné mon pari… ou pas loin.

Un autre pêle-mêle, histoire que cette fois-ci, vous me lanciez les pots de yaourts dont j’ai besoin pour mes prochains gâteaux…

On met ses mains sur la table, mais pas ses coudes et encore moins sa tête dans sa main elle même soutenue par un coude sur la table. La contrepartie ? on organise des apéros géants et des plateaux-télé, épisodiquement. On ne regarde jamais la télé en mangeant (sauf quand on fait un plateau-télé, comme c’est pratique). On attend un peu entre chaque plat (rabat-joie en plus, je sais). On demande avant de sortir de table, parce qu’une fois sorti, c’est fini !

Kikiveumangéchémoa ?

Impromptus : Aventure Impromptus Littéraires

Nul besoin d’aller chercher dans les étoiles, de se mesurer au plus aride des déserts ou au sommet de la plus haute montagne.

Inutile de traverser le ciel en montgolfière, de sillonner les routes européennes en monocycle ou de nager avec les dauphins.

Pas la peine d’atteindre la vitesse du son, de courir plus vite que le jaguar ou de plonger à mille lieues de profondeur.

Superflu de souhaiter conquérir la lune, de s’approprier quelque sentier de forêt tropicale ou de convoiter un record de voile.

Chimère que les baptêmes de l’air, de terre, de feu, de lumière…
Il n’y a pas plus belle aventure qu’un impromptu littéraire…

(Les Impromptus sont de retour !)