Impromptus : Conte de Noël (2/2)

… il était une fois, une maman pleine de vie, joueuse et séductrice, au cœur même de changements importants dans sa vie, et qui s’attardait sur la toile de temps à autre. Juste le temps nécessaire pour faire des rencontres enrichissantes, piquantes, intéressantes. Dont une qui allait changer sa vie, mais encore plus sa vision des sentiments partagés. Après quelques mails de prise de contact, des affinités se sont créées, des liens se sont tissés. Très rapidement, presque brutalement, des besoins ont été générés, des manques provoqués, et des envies sont nées. De découverte en découverte, presque irréels, des sentiments ont pris le pas, des désirs ont gonflé, des appétits ont été assouvis. Très vite, le téléphone, puis une rencontre, hors du commun, hors du temps, comme un conte de fée des temps modernes. Deux protagonistes aux passés respectifs plutôt douloureux, qui rendraient méfiants les plus naïfs, qui se croisent, s’aperçoivent, se reconnaissent. Et décident de profiter de la vie ensemble, sans promesse, sans lendemain, tant que chacun se trouve à l’aise dans cette relation inattendue.

Puis la vie reprend ses droits. Quand une osmose nait, elle pousse à aller plus loin. L’alchimie aide à voir quelques semaines, quelques mois, quelques années plus tard. Des projets sont évoqués, presque chuchotés les premiers temps, lâchés dans un souffle, au détour d’une conversation, entre deux soupirs de plaisir. Des idées folles de vie à deux, alors que l’on avait renoncé à ce genre de relation pour un bon bout de temps. Des idées folles de vie à plusieurs, qui feraient reculer le plus téméraire et fougueux des amoureux, mais qui les mettent en joie, eux, lorsqu’ils pensent à la famille recomposée qu’ils pourraient rassembler, le plus parfait synonyme de bordel et de plaisir infinis mêlés. Des idées folles de délocalisation, des centaines de kilomètres à parcourir pour se retrouver au quotidien. Des idées folles de changement de climat, pour plus de douceur, plus d’étoiles et plus de lunettes de soleil. Des idées folles d’aménagement de garde, pour profiter encore plus à plusieurs, puisque c’est encore possible. Alors que chacun leur serine qu’ils ont beaucoup de chance de pouvoir s’offrir des parenthèses enchantées comme ils le font, ils n’aspirent qu’à se supporter chaque jour qui passe, pour jouir de tous les plaisirs, sans exception. Ils sont sur la même longueur d’onde.

C’est une nouvelle vie qui commence pour chacun d’eux. Après la période de reconnaissance, de tâtonnements et de plantage de drapeaux, s’annonce celle qui verra leur amour s’épanouir encore plus, se nourrir de partage et de présence plus que de douleur et de manque. Et pour cela, il leur faut un écrin à la hauteur de leurs ambitions. Et quelle plus belle période que celle de Noël pour emménager dans un chez soi accueillant et scène des meilleurs souvenirs à créer ensemble ? C’est ainsi que peu avant le jour fatidique où noël est célébré presque partout dans le monde, elle prend possession des lieux : une petite maison qui ne paie pas de mine, malgré tout sauve de souvenirs lourds et blanche de vie à écrire. Une myriade de cartons jetés à la hâte dans le garage, des peintures vives et chaudes collées sur les murs, du nouveau, du qui sent bon l’avenir et les promesses tenues. Un matelas installé comme un bivouac impromptu, des chaleurs qui se retrouvent dans la nuit, mère-enfants, comme il y a trop longtemps. Des retrouvailles dans tous les sens du terme : renouer avec sa progéniture, tenue écartée des dernières batailles, renouer avec les fêtes qui se profilent, restées trop longtemps synonymes de disputes et d’acharnement, renouer avec soi-même, pour encore mieux profiter de tout ça.

Les jours passent rapidement dans une promiscuité sereine et saine, puis noël est là, à quelques heures de sommeil, toujours aussi gai, doré et brillant, chantant et goûteux. Elle veut de cette vie. Elle s’y accroche, à ce conte de noël, qu’Il lui raconte à l’oreille lorsqu’ils se voient. Ses mots résonnent encore et quand ils s’éteignent, fatigués d’être répétés inlassablement, elle accueille sa voix au creux de son oreille, une énième fois, pour qu’Il la rassure, qu’Il lui promette, même si c’est un vilain mot, et que ça ne se fait pas, de promettre… qu’Il lui confirme que ce conte n’est pas qu’un conte. C’est l’avenir. De la tendresse, de l’attention, du respect, de la confiance, de l’amour. Et un méchant sorcier, qui concocte dans son coin de quoi pourrir sa propre vie et un peu celle des autres. Sinon, ce ne serait pas vraiment un conte sans ça. Reste aux petits lutins d’adoucir le sorcier pour lui permettre de colorer sa vie autrement qu’en noir ou blanc, de nuancer, pour mieux accepter. Et de les aimer. Parce qu’ils méritent plus qu’un méchant sorcier dans leur vie. Ils méritent de retrouver leur papa, avec un peu de ce qu’il était avant.

Voici mon conte de Noël, très personnel, mais vécu comme tel. Quand on pense que la vie est une chienne et que l’on a que ce que l’on mérite, c’est indiscutable. Merci Noël, merci la vie.

Impromptus : Conte de Noël (1/2)

Conte de Noël – 1ère partie

Tout était prêt. Elle en avait passé des heures, des soirées, des nuits à tout mettre en cartons, tout organiser, tout planifier. Elle avait sacrifié du sommeil, des idées souriantes et des activités ludiques pour tenir l’échéance. Et encore, elle devrait revenir. Mais 99% de ce qu’il y avait à prendre était empaqueté. Un dernier regard dans la chambre qui ne bougerait pas d’un pouce. Des respirations qui se mêlent, s’interrompent, s’interrogent, reprennent de plus belle, formant un joyeux concert. La vie, assoupie, mais la vie quand même. Le second se retourne, un bruissement de draps, un grognement. Il a toujours été celui qui bougeait le plus, dans son sommeil. Torturé jusqu’au plus profond de ses songes. Pourquoi faut-il que la sensibilité ait un tel revers ? Si jeune… Elle repousse la porte, laissant tout de même la lumière des toilettes filtrer à l’intérieur de la chambre, que tout le monde retrouve ses petits en cas de réveil intempestif. Depuis que la petite lampe avait rendu l’âme, l’ampoule des toilettes remplissait le rôle de veilleuse. Après tout, dans cette maison, cette configuration des pièces, ce n’était plus à elle de s’occuper de ça. Demain, elle serait étrangère à cette maison. Elle commençait à se faire à l’idée, les dizaines de cartons charriés depuis plusieurs jours l’y aidaient. Et finalement, elle ne se sentait plus tout à fait chez elle. Et depuis un moment se surprit-elle à penser. Mais il se faisait tard. La nuit était bien entamée et demain serait un autre jour. Un jour différent, avec une couleur nouvelle, des projets à créer, des envies à réaliser, des espoirs auxquels s’accrocher. Une vie sans lui, sans ce « nous » pesant, mais toujours avec eux, même si une semaine sur deux. Ses jambes flageolaient. Une semaine sur deux. Ne pas penser au pire maintenant, surtout chasser les idées noires et profiter du moment : le rebond. Demain serait un autre jour.

Après son rituel dans la salle de bains, elle entrait pour la dernière fois dans ce qui était sa chambre de femme délaissée depuis presque deux ans. Une pièce qui n’avait vu le père de ses enfants que pour des retrouvailles crapuleuses, quelques ronflements de fatigue massive et une ou deux engueulades. Rien de transcendant, ni prometteur. La preuve. La chambre était vide, remplie d’échos et de fantômes. Elle s’efforçait de chasser ces autres idées noires : les souvenirs. L’histoire était terminée depuis des mois, inutile de ressasser. Et pourtant. Ce déménagement n’était-il pas le point d’orgue de cette séparation laquelle, depuis le début, ne se déroulait pas comme les autres ? Comme la dernière pelletée de terre sur un cercueil encore fumant de la fraîcheur du petit matin. Aussi douloureux que ça, oui. Elle fixait le matelas pneumatique d’un regard morne. Lessivée, oui, mais pas que. Triste, déboussolée, en proie aux doutes et aux regrets. Des philosophies de vie qui s’éloignaient d’elle juste le temps de la laisser s’imprégner de la sensation désagréable de ne, toujours, constamment, pas faire ce qu’il faut. D’un revers de la main, comme on peut le lire dans les romans, elle chassa ce qui restait de ces pensées négatives si propices au sommeil léger et plein de rêves charmants, pour se glisser dans l’assemblage précaire de draps et couverture qui l’attendaient. Une profonde inspiration, puis une seconde inspiration plus aérienne, une troisième normale… le calme revenait petit à petit. Elle s’efforçait de penser à demain, à la ritournelle « le meilleur est à venir » que tout le monde lui chantait depuis quelque temps déjà.

Après avoir fermé les yeux, elle réfléchit aux dates, impératifs et obligations. Puis elle lâcha prise. 19 décembre. En pleine période de préparation festive. A la même date, une année ordinaire, elle serait en train de peaufiner la décoration de sa maison, de déterminer les derniers éléments du réveillon de noël, de finaliser les achats des cadeaux, d’organiser le réveillon du premier de l’an. Par monts et par vaux, mais pour d’autres raisons, plus chaleureuses, plus joyeuses. Encore que, d’un certain angle, on peut aussi envisager ce déménagement comme ça. Des jours à venir avec plus de chaleur et de joie. Un soupir. Un bon, un de ceux qui lui font du bien. Qui la rassure sur la véracité de la pensée fugace qui lui traverse l’esprit à ce moment-là. Noël et ses lumières, Noël et son partage, Noël et sa bonne humeur. Elle avait toujours aimé cette période de préparatifs. Sur le pont dès le 1er décembre, voire avant, pour les « cahiers de Noël » réalisés exclusivement avec ses petits lutins. D’ailleurs, cette tradition avait perduré et procuré aux intéressés ce dont ils avaient besoin pour ressentir un peu de normalité à la fin de cette année riche en évènements et en pagaille. Noël à du bon, même quand on s’apprête à le vivre différemment, dans les cartons et de manière peu engagée, juste ce qu’il faut pour dire qu’on fait quand même Noël, qu’on ne se laisse pas abattre et qu’on pense aussi, un peu, aux autres, malgré ce qui nous tombe dessus. Finalement, oui, Noël a du bon. Ce n’est pas qu’une étape obligée dans certaines familles, une fête commerciale qui désespère les moins consuméristes. Vous n’avez pas remarqué ? Il existe toujours de belles petites histoires autour de cet évènement, plein de petits contes, plus ou moins connus.

Comme celui où…

Consigne : nous vous proposons d’écrire un Conte de Noël pour la quinzaine Noël/Jour de l’An.

Impromptus : Métamorphose

Deux humeurs, deux tableaux…

Premier tableau

Mettre une peau et puis une autre
Etre une autre le temps d’une rencontre
Trier les rencontres d’un jour sur le volet
Apprécier les découvertes sans principes
Mettre ses principes dans une poche
Ourler sa poche d’un fin biais de dentelle
Repriser sa dentelle écorchée de baise(r)s
Pleurer ces baise(r)s à coup de mascara ruisselant
Happer le ruisseau qui s’écoule d’un corps inconnu
Ouvrir son corps comme l’on offrirait le couvert
Sous couvert d’une envie se lâcher de toute son âme
Etre âme et amante, le tout dans la même peau

Deuxième tableau

Mystérieux
Etat
Tantrique

Alléchant
Mirage
Onirique

Rigide
Progression
Hypnotique

Obsédant
Symbole
Erotique

Dédicace à mon cher Lord…

Impromptus : Danse ta vie

Une envolée de violon pour me faire inspirer quelques bouffées de bien-être, intimant l’ordre à mes jambes de me faire tourner jusqu’à en perdre la tête au milieu des étoiles et des papillons lunaires que tu fais apparaître quand tu chuchotes au creux de mon oreille. Et une valse infinie s’entame dans l’allégresse.

Une mesure de piano qui chatouille mes pieds, appuyée par quelques notes de saxo, un rien jazzy, un rien swing, faisant courir le long de mon corps, comme un courant électrique, des ondes d’énergie contenue, n’attendant que le moment propice pour éclater. Et quelques pas de new jazz s’alignent dans la bonne humeur.

Un rythme de Djembe endiablé, comme un clin d’œil particulier, qui pulse au fond des entrailles, dicte chacun de mes mouvements, qui deviennent presque inarticulés, dans une suite de circonvolutions flamboyantes, détonantes, insouciantes. Et la danse africaine s’empare de moi dans ce qu’elle a de plus intense.

Consigne : Après tous les deuils que nous venons d’évoquer toute la semaine, nous vous proposons de réveiller l’énergie du vivant (même en ces temps d’hiver), avec le thème : Danse ta vie. Quelle que soit la forme de votre texte, il devra évoquer la (ou les) danse(s).

Point

Beaucoup de musique et d’impromptus, passés et à venir, pour la simple et bonne raison que les quinze prochains jours vont être carrément dingues, de la pure folie, un enchaînement d’évènements, de délais à tenir et d’échéances à respecter et pour lesquels je vais devoir fournir un max’ de travail… mais je serai toujours dans le coin, par le biais de productions impromptues ou de flashs musicaux, et par mail, pour mes fans les plus assidus…

Impromptus : Comme dans l'étranger

Aujourd’hui maman est morte. Même si elle doit encore squatter chez mes frères la semaine. Même si elle doit encore paraître une des femmes les plus sympas possible à son travail. Même si elle doit encore être à l’ouest concernant ses finances. Même si elle doit encore imaginer une maison qui lui ressemble. Même si elle doit encore espérer des jours moins durs. Même si elle doit encore manger chinois chaque dimanche. Même si elle ne pense à aucun de ses enfants aux anniversaires et aux fêtes. Même si elle doit encore penser qu’à sa prochaine visite chez sa propre mère, elle pourra nous voir pour l’occasion. Même si elle doit encore être la gamine de seize ans qui à pourtant enfanter cinq fois. Même si elle doit encore être à des millions d’années lumière du commun des mortels. Même si elle doit être convaincue du contraire. Même si elle doit encore penser à moi comme à de la vermine ingrate. Ou peut-être pas. Aujourd’hui, maman est morte.

Consigne : Nous vous proposons de revisiter « L’étranger » d’Albert Camus.Ecrivez un texte, en prose ou en vers, démarrant par le célèbre incipit de ce roman : « Aujourd’hui maman est morte » avec la possibilité de remplacer maman par le personnage de votre choix. (Exemple : « Aujourd’hui le prince Isidore est mort ».)

Impromptus : Pseudo

Le bip me sort du réveil. Douloureusement. J’ai la tête comme une grosse courge et cette interruption intempestive de mon sommeil ne va pas arranger son état. Le bip, c’est la sonnerie de mon portable, me signifiant l’arrivée d’un message écrit. Ce bip, je l’entends depuis plus de dix ans déjà et encore pour de nombreuses années encore, si j’en crois le puits sans fond d’inspiration qu’est devenu mon cerveau et les acclamations joyeuses provoquées par ce qu’il peut produire. De jour comme de nuit, le bip rythme ma vie professionnelle. Je suis pseudo-créateur. Depuis 2011. Autant dire un bail n’est-ce pas ?

Et ce métier, même s’il me pèse parfois lourdement sur les épaules, comme sur les neurones (et sur les paupières), me permet de vivre plus que correctement aujourd’hui. Avec l’engouement du peuple pour les nouvelles technologies et surtout, les nouveaux modes de communication, certaines boites spécialisées dans le domaine de l’Internet ont reniflé le bon filon. Dont une, particulièrement, qui a décelé dans ce marché en plein essor une tendance à la mode et qui n’est pas prête de s’essouffler : l’écriture en ligne. L’écriture en ligne, c’est un concept qui regroupe les blogs, sites et autres supports « ouebesques » dans lesquels, connus comme anonymes, beaucoup s’épanchent sur leur vie respective, ouvrent les vannes de leur rancœur, souhaitent s’insérer dans un créneau d’amitié virtuelle ou encore faire part d’un quelconque talent pour que tout le monde s’extasie et/ou en profite. Un marché inépuisable, vous ne trouvez pas ?

Alors, à la sortie de mes études de Lettres, en panne de pistes à exploiter pour trouver l’idée du siècle à ciseler dans un nouveau roman, m’engager dans des études plus poussées en vue de finir derrière la caisse d’un snack-bar ou tout simplement décrocher un métier classique et ennuyeux à mourir, me permettant à peine de partir une semaine annuelle au soleil, je passais mon temps à rêvasser dans les parcs, les cafés, sur mon canapé, un bouquin à la main, une revue dans le sac, un gratuit sous les yeux. Et pas grand-chose dans le ventre. Contrairement à mon verre. C’est alors que j’ai vu une petite annonce qui m’a interpelé. « Société en pleine expansion sur la toile recherche un penseur pour une nouvelle activité ludique et lucrative ». Accrocheur et mystérieux n’est-il pas ?

J’ai donc emprunter le téléphone de la voisine (laquelle payait régulièrement ses factures, elle) afin d’en savoir un peu plus sur le contenu de ce poste de « penseur », que j’imaginais assez loin de la position bien connue de l’œuvre d’art, quand bien même mes velléités de fainéant se satisferaient d’une telle opportunité. Laconique, la standardiste sans sourire me planta au bout de quelques minutes de conversation surréaliste, avec un rendez-vous pour le lendemain, sans même s’assurer de mes disponibilités. Curieuses manières. Mais les temps étaient durs, ceci expliquait cela: ceux qui veulent travailler ravalent fierté et vie quotidienne : ils se rendent disponibles ou bouffent de la merde. Réjouissant non ?

Je suis donc allé d’un pas lourd au rendez-vous et là, le surréalisme du bref entretien de la veille s’est rappelé à ma mémoire. Tout collait : les murs aux couleurs électriques, le mobilier tellement ultra-design que ça en faisait mal aux yeux, les Friday Wear mélangés aux Azzaro propres sur eux, les espaces de travail cloisonnés au milieu d’un immense plateau de travail commun… Et le type qui s’est avancé vers moi, le cheveu hirsute et l’œil hagard, débraillé, se présentant comme le fondateur de Netwriting, la nouvelle coqueluche des internautes pétris d’idées à développer par le verbe. Une poignée de main étrangement ferme par rapport à la première impression laissée et quelques pas plus tard, et me voici dans un bureau bocal, auquel personne ne fait attention, mais qui donne le tournis à force de voir par les vitres la multitude d’intervenants de cette jeune société prometteuse vaquer à ses affaires. Ca ne vous donne pas le mal de mer à vous ?

Enfin, après quelques explications, j’ai pu apercevoir la lumière et décevoir à jamais mes velléités. Le poste de penseur était bien un travail à temps complet (et c’est peu dire), qui ne nécessitait aucunement la maîtrise parfaite de tous ses muscles afin de ne pas finir tétaniser par l’immobilisme, mais bien une réactivité certaine des neurones et une imagination sans réserve. A l’évocation des qualités requises pour la fonction, je me suis quelque peu détendu et cela a du se voir, car mon interlocuteur s’est détendu à son tour et contre toute attente, nous avons finalisé notre future et fructueuse collaboration à l’issue de notre entrevue. En sortant des bureaux de Netwriting, j’étais le penseur universel, la clé de voûte des activités en devenir de la société, la pierre angulaire du chiffre d’affaires qui allait booster la structure et faire terminer sa dénomination commerciale dans la bouche des traders. Ce n’est pas séduisant ?

Comment en est-elle arrivée là ? Par une gestion des plus stricte et fine, un travail acharné de chacun des collaborateurs et au déploiement de toutes mes capacités de créateur littéraire. Si vous n’avez pas encore bien compris quelle était ma mission, je vais vous l’expliquer en quelques phrases : un (ou une) internaute souhaite développer ses contacts, son goût pour l’écriture, trouver une alternative au suicide, à son dégoût de la vie ? Une inscription en 10 secondes chrono sur le site Netwriting et le (ou la) voilà devant une plate-forme d’outils sophistiqués mais totalement accessibles au plus grand nombre et surtout, la cerise sur le gâteau, et ne coûtant qu’une centaine d’euros supplémentaire au total H.T. de l’abonnement décennal (payable annuellement), un professionnel inspiré se penche sur la grille que vous avez remplie et qui indique vos aspirations, vos préférences, vos côtés sombres, et trouve le pseudo qui collera le mieux à l’équation « ce que vous êtes » + « ce que vous souhaitez paraître » = « ce que vous souhaitez faire ». Ca vous tente ?

Face à la recrudescence des demandes, et à la médiocrité de ceux qui m’ont rejoint par la suite, je suis toujours seul à assurer cette fonction, et l’un des rares à exercer dans le pays aujourd’hui, et je suis maintenant ce qu’on appelle d’astreinte. Je suis grassement payé pour. Jour et nuit, si tant est que le client paye pour ce service supplémentaire de présence permanente, je réponds, fidèle au poste, aux besoins les plus excentriques, les plus sages, les plus inattendus, les plus doux. Je lis, je m’immisce, je respire une essence, et tout cela à distance, quelque soit l’heure, mon état de santé, mon état d’ébriété, mon état sentimental, mon état général. Je lis, je m’immisce, je respire chaque essence, je cerne, au plus profond, au plus intime, et je livre ce que vous êtes, ce que vous demandez, ce que vous attendez… en un ou plusieurs mots, crus ou tendres, toujours ciblés, jamais à côté de la plaque. C’est mon métier. Et je le fais bien. Contenu du message de cette nuit : « Femme, 39 ans, divorcée, 2 enfants, bibliothécaire, éléments principaux : tendre, en attente, torturée. Pour plus de renseignements : http://netwriting.net/pseudosearch/profil15789.htm ». Un bon repas pour mon appétit créatif, non ?

Consigne : Vous êtes pseudo-créateur, un nouveau métier en vogue depuis l’avènement de la blogosphère qui consiste à fabriquer des pseudonymes aux blogueurs qui le demandent. Racontez-nous comment vous travaillez et procédez, le ou les pseudonymes qui sont les plus courus actuellement… Ou bien écrivez une ode aux pseudos qui vous font rêver, que ce soit le vôtre, ou n’importe lequel, existant ou imaginaire.