Impromptus : Conte de Noël (1/2)

Conte de Noël – 1ère partie

Tout était prêt. Elle en avait passé des heures, des soirées, des nuits à tout mettre en cartons, tout organiser, tout planifier. Elle avait sacrifié du sommeil, des idées souriantes et des activités ludiques pour tenir l’échéance. Et encore, elle devrait revenir. Mais 99% de ce qu’il y avait à prendre était empaqueté. Un dernier regard dans la chambre qui ne bougerait pas d’un pouce. Des respirations qui se mêlent, s’interrompent, s’interrogent, reprennent de plus belle, formant un joyeux concert. La vie, assoupie, mais la vie quand même. Le second se retourne, un bruissement de draps, un grognement. Il a toujours été celui qui bougeait le plus, dans son sommeil. Torturé jusqu’au plus profond de ses songes. Pourquoi faut-il que la sensibilité ait un tel revers ? Si jeune… Elle repousse la porte, laissant tout de même la lumière des toilettes filtrer à l’intérieur de la chambre, que tout le monde retrouve ses petits en cas de réveil intempestif. Depuis que la petite lampe avait rendu l’âme, l’ampoule des toilettes remplissait le rôle de veilleuse. Après tout, dans cette maison, cette configuration des pièces, ce n’était plus à elle de s’occuper de ça. Demain, elle serait étrangère à cette maison. Elle commençait à se faire à l’idée, les dizaines de cartons charriés depuis plusieurs jours l’y aidaient. Et finalement, elle ne se sentait plus tout à fait chez elle. Et depuis un moment se surprit-elle à penser. Mais il se faisait tard. La nuit était bien entamée et demain serait un autre jour. Un jour différent, avec une couleur nouvelle, des projets à créer, des envies à réaliser, des espoirs auxquels s’accrocher. Une vie sans lui, sans ce « nous » pesant, mais toujours avec eux, même si une semaine sur deux. Ses jambes flageolaient. Une semaine sur deux. Ne pas penser au pire maintenant, surtout chasser les idées noires et profiter du moment : le rebond. Demain serait un autre jour.

Après son rituel dans la salle de bains, elle entrait pour la dernière fois dans ce qui était sa chambre de femme délaissée depuis presque deux ans. Une pièce qui n’avait vu le père de ses enfants que pour des retrouvailles crapuleuses, quelques ronflements de fatigue massive et une ou deux engueulades. Rien de transcendant, ni prometteur. La preuve. La chambre était vide, remplie d’échos et de fantômes. Elle s’efforçait de chasser ces autres idées noires : les souvenirs. L’histoire était terminée depuis des mois, inutile de ressasser. Et pourtant. Ce déménagement n’était-il pas le point d’orgue de cette séparation laquelle, depuis le début, ne se déroulait pas comme les autres ? Comme la dernière pelletée de terre sur un cercueil encore fumant de la fraîcheur du petit matin. Aussi douloureux que ça, oui. Elle fixait le matelas pneumatique d’un regard morne. Lessivée, oui, mais pas que. Triste, déboussolée, en proie aux doutes et aux regrets. Des philosophies de vie qui s’éloignaient d’elle juste le temps de la laisser s’imprégner de la sensation désagréable de ne, toujours, constamment, pas faire ce qu’il faut. D’un revers de la main, comme on peut le lire dans les romans, elle chassa ce qui restait de ces pensées négatives si propices au sommeil léger et plein de rêves charmants, pour se glisser dans l’assemblage précaire de draps et couverture qui l’attendaient. Une profonde inspiration, puis une seconde inspiration plus aérienne, une troisième normale… le calme revenait petit à petit. Elle s’efforçait de penser à demain, à la ritournelle « le meilleur est à venir » que tout le monde lui chantait depuis quelque temps déjà.

Après avoir fermé les yeux, elle réfléchit aux dates, impératifs et obligations. Puis elle lâcha prise. 19 décembre. En pleine période de préparation festive. A la même date, une année ordinaire, elle serait en train de peaufiner la décoration de sa maison, de déterminer les derniers éléments du réveillon de noël, de finaliser les achats des cadeaux, d’organiser le réveillon du premier de l’an. Par monts et par vaux, mais pour d’autres raisons, plus chaleureuses, plus joyeuses. Encore que, d’un certain angle, on peut aussi envisager ce déménagement comme ça. Des jours à venir avec plus de chaleur et de joie. Un soupir. Un bon, un de ceux qui lui font du bien. Qui la rassure sur la véracité de la pensée fugace qui lui traverse l’esprit à ce moment-là. Noël et ses lumières, Noël et son partage, Noël et sa bonne humeur. Elle avait toujours aimé cette période de préparatifs. Sur le pont dès le 1er décembre, voire avant, pour les « cahiers de Noël » réalisés exclusivement avec ses petits lutins. D’ailleurs, cette tradition avait perduré et procuré aux intéressés ce dont ils avaient besoin pour ressentir un peu de normalité à la fin de cette année riche en évènements et en pagaille. Noël à du bon, même quand on s’apprête à le vivre différemment, dans les cartons et de manière peu engagée, juste ce qu’il faut pour dire qu’on fait quand même Noël, qu’on ne se laisse pas abattre et qu’on pense aussi, un peu, aux autres, malgré ce qui nous tombe dessus. Finalement, oui, Noël a du bon. Ce n’est pas qu’une étape obligée dans certaines familles, une fête commerciale qui désespère les moins consuméristes. Vous n’avez pas remarqué ? Il existe toujours de belles petites histoires autour de cet évènement, plein de petits contes, plus ou moins connus.

Comme celui où…

Consigne : nous vous proposons d’écrire un Conte de Noël pour la quinzaine Noël/Jour de l’An.

4 réponses sur “Impromptus : Conte de Noël (1/2)”

  1. Ce n’est en effet pas un noël comme les autres, le genre d’évènement dont on se souvient bien après avoir oublié tout les moments heureux.
    Pour ce qui est des contes de noël : Je n’aime pas noël, par principe.

  2. Voilà, j’ai lu et c’est très bien écrit et c’est émouvant.
    Bon courage,
    et je t’embrasse (petit à petit, plume dépose des plumes sur ses billets et l’on comprend mieux ses occupations un ou deux ou trois billets après…).

  3. 404, merci de ton passage ici ! Moi, je n’aime pas les principes… 😉

    Hello Christelle, merci pour tes voeux…

    Yibus (sourire) je me livre par ci par là, en effet…

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