Une fille avec des sourires plein les yeux

Internet est une bien étrange machine. Féminin, masculin, on ne sait pas bien. Ce que l’on sait en revanche, c’est que lorsque la balle est dans son camp, des surprises peuvent surgir de nulle part. Des mots échangés deviennent des sourires, des histoires troquées deviennent des pleurs, des expériences partagées deviennent des rires, des émotions transmises deviennent des clins d’oeil complices…

Cette machine m’a déjà beaucoup apporté. De belles rencontres, virtuelles, certaines devenues réelles, mais toujours attachantes. Des blessures communes, une vision des choses et de la vie sensiblement pareille, des affinités qui se creusent, se construisent, pour devenir des points d’ancrage aux mails, appels et entrevues.

Forte de mon expérience de rencontres netesques réussies, j’ai tenté une nouvelle fois l’impossible en décembre dernier de l’année dernière (j’adore cette transition ! Il y a à peine quelques jours, nous étions dans une autre année, un autre mois ! Je sais, rien de révolutionnaire, j’aime juste l’idée…) pour rencontrer une jeune femme avec laquelle j’échange régulièrement par messagerie instantanée et par mails surtout, les derniers temps où les minutes devant l’ordi me faisaient défaut.

Tout s’est programmé rapidement, sans trop se poser de question. Un séjour en France, pas loin de ma ville d’adoption et hop ! Le rendez-vous était pris, dans une des plus belles agglomérations de France, dont j’ai déjà parlé dans un article de Cours de Culture Administrative, et qui détient en son coeur le meilleur restaurant japonais de la région. Véridique. Le jour était donc fixé, le déjeuner déjà déterminé, il ne restait plus qu’à échanger les numéros de téléphone pour les détails de dernière minute.

Un numéro chacune en main, le nom du resto et son adresse soigneusement notés, nous avons vaqué à nos occupations respectives : un séjour de plusieurs milliers de kilomètres à organiser pour elle, et de mon côté, un déménagement de 15 ans de vie commune, un boulot et une maison bâtie. Le week-end qui a suivi notre dernière discussion par gmail est passé comme un éclair, moi dans la peinture, elle dans l’avion.

Le lundi se déroule tranquillement, elle dans la reprise de contact avec la belle-famille, moi avec le déballage de quelques cartons pour coucher mes enfants le soir-même, et pour la première fois, dans « la nouvelle maison ». Je me couche, malgré l’absence de son coup de fil, pourtant prévu, fatiguée mais sereine, me rappelant de l’endroit où j’avais entreposé le numéro avant la fin de mes cartons, et qui me permettrait de réveiller belle-maman avant l’heure le lendemain matin.

Les yeux à peine fermés, le portable sonne, avec un drôle de numéro en présentation, et c’est un peu assoupie que je décroche pour entendre une voix charmante, que j’identifie immédiatement malgré la nouveauté du timbre. Homéo pour les blogueurs. Et je tais son prénom par discrétion, mais mon dieu qu’il lui va bien… le rendez-vous est confirmé pour le lendemain, tout roule.

Je cours partout, après avoir habillé et fait déjeuner les petits, dans le garage, pour trouver ce que j’avais préparé pour la belle à l’issue de sa réussite aux questionnaires proposés il y a un certain temps (voir quizzes) (d’ailleurs, Thomas, j’oublie pas le tien non plus, faut juste que je le retrouve aussi, et Yo, ben… puisque mon précédent cadeau fait bou… main ne t’a pas suffit, je vais réfléchir à autre chose), mais je ne retrouve rien dans ces fichus cartons ! Résultat, le temps de laisser les enfants à leur garde respective, je suis en retard.

Je tente de rattraper les quelques minutes perdues en bombant un peu, ce qui me vaut un petit flash-control-radar dans une commune où je SAIS qu’ils sont toujours là. N’importenawak la Plume… Mais bon, 45 euros et 1 point en moins (à confirmer) plus tard, me revoilà sur la route. Le portable sonne, c’est elle, qui m’informe être perdue dans les quartiers ouest de la ville, mais n’avoir peur de rien, et c’est tant mieux, parce que là-bas, ça craint. Je la rassure sur le retard en lui racontant mes déboires. Rendez-vous un peu décalé, mais toujours maintenu.

Nous arrivons simultanément dans le centre-ville, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre. J’arpente les petites rues, devenues familières après tant de marche à pied, à la recherche d’une place, elle préfère le parking souterrain, plus sage lorsqu’on ne connait pas bien la ville au boulevard circulaire. Un coup de téléphone plus tard et nous nous retrouvons au pied du torero qui garde les arènes. Elle me reconnait rapidement, me fait signe en avançant vers moi, alors que j’écourte la conversation que je tiens avec mon chéri qui fait ses achats de noël. Nous sommes le 23 décembre.

La première chose qui me frappe : ses yeux. Remplis de sourires. Ensuite, ses mains, soigneusement manucurées, et parfaitement assorties à son haut. Haut qu’elle a soigneusement assorti à la couleur de nos derniers échanges, avec un parfait décolleté. On prend rapidement contact, à moitié sous la surprise de la découverte physique, à moitié transies par le froid. On entreprend une marche active pour atteindre le restaurant japonais.

Je la regarde souvent, du coin de l’oeil ou plus franchement, j’apprécie, je découvre, j’enregistre. Je ne la reverrai pas de sitôt, alors autant en profiter. As usual, c’est comme si on s’était déjà rencontrées. Passés les premiers moments de jauge et de prise de température, les langues se délient. Elle me raconte le début de son séjour, ce qui va suivre, sa vie là-bas, son retour éventuel ici, un peu ses enfants, un peu son mari, un peu elle. Je finis le feuilleton de mes malheurs, mes projets, mon chéri, mes enfants, mes choix, bons comme moins bons, et ce qui m’attend.

Le déjeuner est excellent, mais elle a un appétit « d’oiseau » et ne finit pas son assiette. Je m’occupe seule des sashimi et me régale de crabe, thon rouge, saumon et Saint Jacques crus, pendant qu’elle m’explique les différences entre la scolarité française et américaine. Je bois ses paroles comme je déguste le champagne offert pour cause de retard de service. Elle sympathise avec le restaurateur, qui se souvient parfaitement de moi (la grande classe), aussi facilement que j’ai pu le faire la première fois que j’ai mis les pieds dans ce restaurant.

Arrive l’échéance du départ. Je la raccompagne jusqu’à sa voiture, un présent m’y attend. Une pierre. Une très belle pierre, qui trône aujourd’hui sur mon unité centrale, pour me souvenir de cette journée, et de la discussion à laquelle ce caillou fait un clin d’oeil, premier caillou offert de ma collection. En attendant celui qui brille (private joke).

Pas de surprise. Elle est comme sur le net. Jolie, gentille, cultivée et agréable. Le lien, même s’il ne s’est pas ressenti de la même manière, était encore là. Il ne manque qu’un peu de régularité dans nos entrevues pour qu’il ait la même épaisseur que virtuellement. J’espère sincèrement qu’elle ne m’a pas trouvée différente, elle aussi. Ce serait le plus beau compliment qu’elle puisse me faire.

15 réponses sur “Une fille avec des sourires plein les yeux”

  1. Je n’ai encore jamais eu l’occasion de faire ce genre de rencontre, d’un coté j’aime beaucoup cette aura de mystère qui entoure toute les rencontres faites sur internet … Et la déception n’est jamais loin.

  2. c’est très beau, et ce que tu dis d’Homéo ne m’étonne pas du tout : c’est tout à fait comme tu l’as décrite que je l’ai perçue lors de nos rares échanges de mails .

  3. Quelle jolie rencontre. Cela me donne envie de quitter cet anonymat qui me va si bien mais qui est un frein finalement à la continuation d’une belle histoire ! Vous êtes aventureuse, alors peut-être qu’une résolution 2009 serait pour moi de le devenir à votre exemple ! Belle année 🙂

  4. hummmm il donne envie ce japonais , fermer les yeux emboucher le morceau et jouer avec les textures , le froid de la chair , son gout , la texture du riz et du poisson , tout cela se fondant dans la bouche hummm trop bon ….

  5. roooooooooo, tu me donnes envie de sauter dans un train pour venir te voir en vrai moi aussi

    c’est trop dommage que tu aies raté la rencontre des gib’s en 2007 !

    mais tu as une telle personnalité que j’aurais eu peur de ne pas être à la hauteur…

  6. Quelle jolie rencontre ! Ca fait vraiment plaisir à lire !
    C’est marrant comme je découvre ton blog, au début j’ai cru que tu parlais d’une rencontre amoureuse… tant vous semblez proches !

  7. Ros’, c’est )pas parce que t’es vexé jusqu’au trognon que je te rappelle à l’ordre devant tout le monde que tu dois être de mauvaise composition dans tes commentaires ! Non mais !

    404, certes, mais je m’arrange tout de même pour être à peu près sûre de la nature de la future rencontre… aucune déception jusqu’à présent.

    Hélène, normal, comme je l’ai dit, Homéo est en vrai ce qu’elle est sur la toile… c’est suffisamment rare pour être souligné.

    Gicerilla, il suffit de bien choisir quelle relation doit aller plus loin ou non… mes rencontres ont toutes débuté par un pseudo et un mail !

    Waid, on vous reconnait bien là : uniquement le plaisir des sens !

    Millie, je t’en prie !

    Christelle, arrête un peu va… et tu sais que je suis toujours partante pour une rencontre en petit comité.

    Chateign, bienvenue ici ! Merci pour ton commentaire… Homéo et moi, c’est une belle histoire, c’est vrai.

  8. Ma très chère Plume-Vive, je te remercie de ce magnifique texte décrivant remarquablement bien notre rencontre.
    Je suis heureuse de constater que tu n’as pas été déçue et j’aimerai te dire que tu es en chair et en os identique à ton apparence virtuelle.
    Je t’ai écrit un petit texte (suis le lien)
    Je t’embrasse.

    @Hélène je t’écris très vite,
    @Millie je note 😉
    @Chateign ben oui ça en était une !

  9. Cacoune, c’est vrai, je suis sûre que les gens te détesteraient ensuite, avec ce que je devine de toi dans tes billets, commentaires, etc… 😀

    Homéo, ma très chère, Homéo, merci pour ton passage ici, alors que tu étais submergée par ton retour en terres outre-atlantiques… Je file voir ce que tu as pondu et te remercie une nouvelle fois, rapport à ton commentaire très agréable…

  10. je trouve ça génial ce genre de rencontres !! et je pense que si on commence à bien connaître la personne « virtuellement » et que personne n’a menti (bon, ok, c’est souvent le cas sur internet), on ne peut pas être déçu ! 🙂
    (et oui, j’attends tjrs ma récompense à ton quiz ! 😉 )

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