Impromptus : Souvenir d'école

J’ai toujours aimé l’école. D’aussi loin que je m’en souvienne. Elève studieuse, j’ai toujours fait mes devoirs avec plaisir et attendais avec impatience les contrôles et autre interrogation pour mettre mon savoir à l’épreuve. Esprit de compétition oblige, je me faisais un point d’honneur à exceller dans n’importe quelle matière. Jusqu’en 4ème et la chute des fractions… Les années de primaire se sont déroulées au travers de quatre écoles différentes, mais jamais je n’ai montré de lacunes dans quelque domaine que ce soit, me remettant rapidement au niveau lorsqu’il était plus élevé, ou piochant dans mes connaissances le cas échéant. J’ai appris à lire avant d’entrer au cours préparatoire, lequel m’a ouvert des horizons insoupçonnés dans l’univers de la lecture. J’ai donc savouré ces années que l’on pourrait qualifier d’innocence par rapport à celles que nous vivons au collège. Ah, le collège… ma première année, placée sous le signe de la mixité, dans la globalité de son sens… des races différentes, des handicaps, des cultures nouvelles. Venant de ma province profonde, le changement entre mon Est chaleureux et sa petite école et l’immensité de la région parisienne, encore mieux, dans une cité, avec son établissement à plus de mille âmes, ça faisait beaucoup. Mais adaptable un jour, adaptable toujours, je deviens Allison en cours d’anglais, jambes et bras du propriétaire de l’unique fauteuil roulant de la classe et je me mets à découvrir une variété de matières impressionnantes d’intérêt et de possibles. Je poursuis mon chemin au cœur de Paris et d’une cité vivante, riche d’apprentissage, de la vie comme du savoir scolaire. J’obtiens le BEPC haut la main (malgré un 4 en maths… je sais… mais un 39 en français, s’il vous plait), on ne sait même pas trop comment d’ailleurs, avec le trimestre d’absentéisme qui a précédé et la découverte des plaisirs interdits en parallèle… Qu’importe, j’intègre la seconde de mon choix, avec la troisième langue que je voulais impérativement approfondir, pour améliorer ma maîtrise du parler paternel. Je passe la seconde tranquille, déléguée de classe comme les trois années précédentes, et m’engage en première, classe de toutes les décisions. Fougueuse déjà, engagée et enragée, je profitais de la moindre occasion pour faire entendre ma voix. Au sein de la vie lycéenne, mais aussi de la classe, ou encore pendant les dissertations et commentaires composés imposés par le professeur de français que nous avions depuis l’année précédente. LE prof’ de français. LE prof, tout court. J’en avais déjà rencontré un ou deux spécimens, mais j’ai tissé avec celui-ci des liens particuliers. A mi-chemin entre un profond respect mutuel et un rapport de force tempéré. Je me faufilais dans la moindre brèche, le moindre blanc, le moindre vide dans son discours ou sa démonstration pour le coller, le sécher ou l’agacer. De son côté, il choisissait constamment des sujets de devoirs qui avaient le mérite d’enflammer ma plume, de libérer mes mots et mes pensées. Il se délectait de mon emphase tandis que je me régalais de ses idées toutes plus géniales les unes que les autres. Un jour, entre deux élèves sortis en coup de vent à la sonnerie de fin de cours, il m’a attrapée par l’épaule. Je me suis retournée, un sourire narquois d’adolescente bravache aux lèvres, alors que mon regard trahissait une légère crainte. Et j’ai maintenu son regard, la minute qu’il a mit à me jauger tranquillement, le visage satisfait. Je ne sentais plus ni mains ni jambes, mes entrailles n’étaient plus qu’une énorme flaque froide et métallique. Le battement de mon cœur commençait à devenir assourdissant. Et là, il a lâché les deux mots qui me suivront jusqu’à ma mort, libérateurs (dans toute la puissance de l’expression)… « Plume Vive ».

Consigne : après avoir virevolté dans les étoiles, redescendons sur terre. Vous êtes en classe, le maître s’agite en avant. Vous l’écoutez d’une oreille attentive ? Vous préférez rêvasser ? Vous n’avez de cesse que de retrouver vos copains, votre amoureux (se) ? Et si vous nous racontiez un souvenir d’école, tendre, ludique, triste, révélateur ou imaginé.

Incapable de quoi que ce soit, je n’ai rien posté dans les temps… mais l’inspiration est venue plus tard.

9 réponses sur “Impromptus : Souvenir d'école”

  1. C’est marrant, je me retrouve énormément dans ton style narratif. Lorsque je découvre un nouveau blog, je le garde dans mes favoris jusqu’à ce que je tombe sur « la » note. C’est celle-ci…

  2. Magnifique pseudo !
    et cette relation d’émulation et de provocation par rapport au professeur de français ressemble étrangement à celle que j’avais avec mon prof de français en classe de première 🙂

  3. j’ai eu un prof comme ça aussi… enfin une.. je crois qu’on a tous besoin de rencontrer unepersonne comme ça ds sa vie.
    Vraiment très beau texte 😉

  4. Je voulais mettre un truc fin, spirituel… mais je ne sais pas quoi te dire, à part, j’ai encore aimé cet article (rho mais arrête enfin, ça va devenir une habitude !). Je me reconnais dans certains traits que tu as esquissé et le pseudo est joliment trouvé (chapeau Mr le professeur).

  5. Merci à tous, je suis vraiment ravie quand mes mots arrivent aux yeux de quelques uns et que ceux-ci me laissent des commentaires, c’est très gratifiant…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *