Parce qu’il n’y a pas de hasard…

J’ai été bercée à ce son, chanson du soir fredonnée à voix basse pour m’endormir, sur la platine disque du dimanche matin tardif, pour m’éveiller tranquillement, des après-midi pluvieux à l’odeur d’encens et de thé fumant, au milieu des cigarettes grillées autour d’un scrabble ou d’un jeu de tarot en action… à l’époque où le mot « maman » voulait encore signifier quelque chose.

C’est le premier extrait musical qui m’a entendue faire mes harmonies de débutante, m’attaquant à du lourd, au grand dam de ma prof’ de chant. Je n’ai jamais réellement maîtrisé toutes les nuances de l’exercice.

C’est la chanson que j’ai écoutée si souvent, lorsque les paroles collaient à mon présent du moment, versant des larmes brûlantes, respirant l’air toxique exhalé par mes pensées noires, sombrant, doucement… jusqu’à m’endormir de songes psychédéliques.

C’est la reprise qui me voyait toujours y mettre beaucoup de mes tripes, plus que de raison, ce qui faisait qu’elle rendait tellement bien… à l’acoustique, à deux, en harmonie, au moins là. Et le sourire, timide et las, d’avoir réussi à dérouler les paroles, et placer les notes là où elles étaient difficiles à accrocher.

C’est le morceau que j’ai découvert sur mon i-pod après des trublions de la chanson française, comme une goutte d’acide après le nuage rose, me rappelant aux bons souvenirs évoqués ci-dessus. Et une pensée multicolore sur l’instant, pour celui qui l’avait posée là, avec une vague idée de ce qu’elle pouvait représenter pour lui.

La surprise inattendue d’une compil’ que je mets fréquemment sur mon lecteur, présent envoyé par un presque anonyme qui le devient de moins en moins, et qui m’a livré, avec cette chanson et toutes les autres, un peu de lui. Je l’ai pris comme un geste particulier. Il l’a été pour moi, quoi qu’il arrive.

Des paroles, une mélodie, une ambiance, des ressentis qui continueront à m’accompagner, jusqu’à la fin.

Pour clore ce billet tout en joie et bonne humeur, un second extrait, pour lequel j’ai un petit faible, à les voir presque vingt ans plus tard, avec des voix toujours aussi bien unies, avec quelques imperfections touchantes, et une prestance intacte.

La brève du vendredi (dont tout le monde s’en fout mais quand même)

J’ai été quasiment inexistante cette semaine, honte à moi, mais bon, vous non plus, vous n’avez pas été très présents hein, alors camembert ! (jai wattmille articles en stand by, me faut juste les outils, le temps et l’inspi, mais le tout ensemble, si possible). J’avoue, cette semaine, j’ai profité, pas trop dormi, donc un peu gazeuse (j’ai toujours été pétillante) et surtout, maman à temps plein. Et diantre que c’est bon… je vous parlais de baisers sucrés et salés ? c’est encore mieux ça : des baisers arc-en-ciel, des câlins moelleux, des mots tendres et des anecdotes savoureuses. J’ai remisé ma casquette de SMIP ces derniers jours (je l’avais assez portée pendant les vacances scolaires, billet à suivre) et je me suis laissée aller à devenir rose bonbon. Mais point trop n’en faut, maman indigne je suis, maman indigne je resterai, alors aujourd’hui, c’est free style à la maison ! (je dois surtout récupérer d’une nuit de quatre heures qui succède à d’autres nuits pas forcément plus riches). Et vous savez quoi ? c’est encore meilleur… aussi bon que le petit goûter qui s’organise autour de mon dernier et de quelques bougies pour ce week-end : une demi-douzaine d’adultes et autant d’enfants qui auront claqué du fric et baffreront pour compenser !

Joyeux anniversaire mini-moi…

Impromptus : la poussière était rouge

Mais yé vous promets m’dame, yé sais pas d’où ça sort ce truc ! pleurnichait la petite bonne dans son costume de travail trop juste. Ses bourrelets endimanchés tressautaient au rythme de ses sanglots forcés. Sa supérieure, au regard sévère et à l’air revêche, la toisa de toute sa hauteur, par dessus ses lunettes en demi-lune, perchée qu’elle était sur ses escarpins vernis, aux talons aiguilles acérés.

C’est ce que nous allons voir ma p’tite, attendez un peu que le responsable de la brigade du stupre arrive. Vous lui expliquerez votre version des faits et nous serons fixés, à coup sûr. Cette « petite » l’exaspérait. Déjà qu’elle se mettait à pleurer à la moindre occasion, mais en plus c’était toujours à elle qu’arrivait ce genre de tuiles.

Comme cette fois où la star du petit écran avait laissé trainé ses bouts de latex usagés sous le lit. Quel aspirateur avait été bouché avec ? Celui de la « petite » bien sûr. Ou encore, lorsque le liftier avait été renvoyé pour avoir permis (et certainement participé à) une rencontre des plus douteuses dans l’ascenceur n°5, qui avait assisté à la sortie du trio criminel et du coup facilité leur sortie de l’établissement ? La « petite », oui. Il y aurait bien d’autres exemples, mais la sonnette de l’entrée de service sortit la chef de l’équipe de ménage de ses sombres pensées.

Un homme grand et maigre, le visage à moitié mangé par l’ombre de son chapeau au revers très large apparut dans l’encadrement de la porte qu’elle venait d’ouvrir. Une cigarette roulée et déjà à moitié consumée luisait de son extrémité rougeoyante dans l’ombre que ce géant projetait sur le palier. Les volutes de fumées s’échappaient mollement, paresseusement par dessus son couvre-chef et donnait comme un air de déjà-vu à la scène.

– Ma’ame, mes hommages, inspecteur Carl Shaw pour vous servir. Z’avez un problème qui relève de ma brigade qu’on m’a dit ?

Le sourcil arqué, la gouvernante en chef, examina attentivement le nouveau venu et bredouilla un vague bonjour, perdue dans ses pensées. Mauvaises, les pensées. Elle les chassa aussitôt, de peur de se faire remarquer. Reprenant sa raideur légendaire, elle fit entrer l’inspecteur et entreprit de commencer à lui expliquer la situation. Elle devait se forcer à garder le fil de ses idées car la prestance de l’homme qui lui faisait face la perturbait. Tout en virilité, en mystère, en… elle réajusta la veste de son tailleur pour se reprendre, une énième fois.

– Rouge, la poussière était rouge ! Vous savez comme le genre de poudres que l’on retrouve dans ces endroits… La gouvernante n’osait pas finir sa phrase. Pivoine, elle se tordait les mains de gêne. Parler de ce sujet devant un homme aussi… captivant.

– Oui ma’ame, j’vois bien. Un léger sourire qui se voulait réconfortant lui souleva la joue droite, laissant apparaître quelques rides d’expression très avenantes. Et j’comprends mieux pourquoi j’suis là maintenant. Mais quand même, dans un établissement d’votre réputation…

Les yeux rivés au sol, elle acquiesca en silence, ne pouvant se résoudre à affronter le regard de son interlocuteur.

– Je sais bien, c’est d’ailleurs la raison qui me pousse à croire que « la petite », pardon, mon employée ici présente doit y être pour quelque chose, ce n’est pas possible autrement !

L’inspecteur se tourna de toute sa hauteur vers la femme de ménage incriminée.

– Alors, racontez moi, m’zelle, comment cette poudre rouge , habituellement vendue dans les boutiques peu fréquentables, est arrivée dans votre réserve d’aspirateur ? mmmhhh ?


Comme un parfum de polar….. Nous vous proposons de composer un texte, avec les codes et les personnages incontournables à ce genre ; par exemple : un privé, sa secrétaire, le ou la cliente affolée, un flic, des truands, des indics, des femmes de « petite vertu »… ou ce qu’il vous plaira d’imaginer. La phrase suivante devra figurer dans votre texte : La poussière était rouge.

La brève du vendredi (dont tout le monde se fout, mais quand même)

Le soleil brille, les oiseaux chantent, il fait chaud, il fait beau, j’ai mes quatre hommes avec moi (pour la journée), bref, tout va (presque) bien ! Une super semaine rythmée par l’école et les activités extra-scolaires, l’absence de mon homme (toujours), les invitations à déjeuner et à goûter, la recherche d’emploi (toujours), les activités ludiques et Disney à re-regarder, la météo qui donne le moral, les coups de fil qui le font rebaisser, bref… une semaine de réalité après celle vécue en suspension. Une semaine de vie et d’amour, pour continuer la précédente, préparer à la suivante, etc… D’ailleurs, Wall-E déémarre, le plus grand et le plus petit m’attendent sur le canapé.

Je te souhaite un bon week-end lecteur, un très bon week-end… remplis de baisers salés et sucrés comme je vais en avoir à la pelle.

l’incontournable tube printanier dans mes eaux…

Je viens de finir…

Premières Fois, multi-auteurs

Voici un nouvel essai de ma part pour ce genre si particulier que représente la bande dessinée (chut, ne dites à personne que je lis Watchmen en cachette après avoir été voir le film, compris ?). Mon chéri étant une sacrée tête de pioche, et connaissant surtout mes larges penchants pour l’érotisme (voire la pornographie), a décidé de continuer mon initiation (haaaan) à ce monde qu’il affectionne tant par l’intermédiaire de différents ouvrages que nous qualifierons mièvrement de « coquins ». Et voici ce que j’ai pensé de l’un d’eux (lu à deux sur un bout de semblant de canapé, lentement, consciencieusement et contre toute attente, sagement).

En bref : Une dizaine de récits dessinés sur le thème universel de la « première fois ». Alors je vous l’accorde, tous ne relatent pas une « première fois ». Ou peut-être si, mais la « première fois » avec untel ou dans telles circonstances. Des genres de graphismes complètement différents les uns des autres, des tons à l’opposé, tantôt bourrés d’humour, parfois teintés de noirceur, des idées à foison et des situations cocaces ou excitantes. Dix morceaux de vie plus ou moins romantiques, plus ou moins glauques, plus ou moins crus, plus ou moins poudrés, pour notre plus grand plaisir. Voici ce que j’ai pensé de chacun d’eux.

Le plus : J’ai vraiment aimé la première « nouvelle », tendre, inattendue, rafraîchissante, même si le dessin anguleux n’est pas trop mon trip. Le scénario m’a beaucoup plu. Toute comme la seconde, qui a entendu mon rire sonore dès les premières cases et dont l’histoire m’a amusée. La troisième est très mignonne aussi, le déroulement bien imaginé et assez osé (j’adore les dessins). La cinquième est un fantasme bien connu réalisé par un coup de crayon plutôt adroit. La n° 8 est particulière, mélangeant complicité, tendresse, confiance et soumission, timidité et… dessins peu flatteurs. La neuf est bien pensée elle aussi, mettant en scène un autre fantasme récurrent, et la case finale est de toute beauté (moi fleur bleue ? non…). Je conseille, parce que malgré les petits côtés moins, ben c’est une chouette BD. D’ailleurs, depuis, je suis partie à la chasse aux oeuvres du genre.

Le moins : La quatrième, triste à n’en plus finir. Drôle de chute, mêlant des sentiments pas jolis-jolis. La sixième est glauque à souhait, elle m’a fait froit dans le dos, bbrrrr… la septième parle d’une femme qui investit un club d’échangistes, et c’est plutôt bof-bof (enfin, à mes yeux), bien que le graphisme me rappelle celui de Fluide Glacial. La dixième est ho-rrible. Le mélange de dessins, de vraies photos retouchées, les courbes des personnages, tout comme l’histoire, que je trouve, euh… comment dire… super strange (sans accent français, je vous vois venir, vous, là-bas…).

Impromptus : Le retour du prédateur

La fébrilité et l’excitation l’emportait sur sa tempérance légendaire. Ces derniers temps, il s’était transformé. D’un naturel plutôt taciturne, Romuald respirait à présent un « on-ne-sait-quoi » de bonheur. Bien entendu, ce n’était pas sa propre observation, voilà déjà plusieurs collègues qui lui en avaient fait la remarque, ainsi que certains membres de sa famille, croisés au hasard des invitations à dîner chez ses parents. Eux-mêmes ne le reconnaissaient pas. Lui qui, il y a moins d’un an, ne donnait plus signe de vie à quiconque. Lui qui, grâce à la volonté parentale, avait finalement regagné sa région natale pour tenter de retrouver un peu goût à quelque chose. Son père s’était alors arrangé pour négocier son départ de l’entreprise du Poitou qui l’avait jadis embauché, et dont le patron n’était pas mécontent de trouver une issue à la situation délicate dans laquelle ils étaient tous deux, employeur comme salarié, pris jusqu’au cou. Car le dirigeant, trop sentimental, n’arrivait pas à se résoudre à congédier celui qui fut à peine quelques semaines auparavant, et depuis plusieurs années, son meilleur élément, sous prétexte de disparition de la circulation. Néanmoins, lorsque le père de Romuald s’est présenté ce fameux lundi matin, il était plus qu’enjoué à l’idée d’offrir un départ négocié à feu son commercial le plus rentable.

C’était il y a huit mois. Romuald avait perdu plus de dix kilos, deux dents et quelques poignées de cheveux. Et beaucoup d’estime de lui. Carencé à tous les étages. Un peu plus d’un mois de souffrance atroce, plusieurs semaines d’abandon total, apocalyptiques, puis le sauvetage in extremis par ses parents, qui n’avaient eu connaissance du sort de leur fils qu’après avoir fait les nombreux kilomètres qui les séparaient de lui. Romuald donnait rarement de ses nouvelles, tout absorbé qu’il était par son travail de cadre actif et ambitieux, puis par la rencontre si fabuleuse de cette jeune femme « bien sous tous rapports ». Il restait introverti, mais on sentait qu’il menait sa barque comme il le souhaitait depuis toujours. Alors quand après trois semaines de silence radio, sa mère a commencé à s’inquiéter, son mari l’a rassurée en lui rappelant combien Romuald était investi dans ce qui composait son quotidien, lequel se déroulait loin d’eux à présent. Et sans pouvoir desserrer son coeur maternel, elle l’avait écouté, se remémorant la dernière conversation qu’elle avait eue avec son fils, et pendant laquelle il lui avait plus que brièvement parlé de sa conquête. Mais lorsqu’après le double de temps, elle avait rappelé au père de son enfant qu’ils n’étaient jamais restés si longtemps sans nouvelle de leur fils unique, c’est à ce moment précis qu’il s’était décidé à appeler l’employeur de celui-ci et qu’il s’était entendu dire qu’on ne l’avait pas vu dans les murs de l’entreprise depuis plus d’un mois. Sans aucune explication par mail, ni réponse aux appels de son patron et encore moins aux tentatives de visite de sa secrétaire. C’est à ce moment précis qu’il a demandé à sa femme de se préparer en moins de dix minutes, le temps qui lui était nécessaire pour faire le plein d’essence et revenir la chercher afin de partir dans la foulée.

Romuald n’avait aucun ami. Sa mère avait bien tenté de fouiller sa mémoire pendant les semaines qui l’avait séparée de la décision tant attendue de son mari, afin de se souvenir d’une anecdote, d’un nom, du moindre indice qui aurait pu la mettre sur la voie d’une personne susceptible de leur donner des nouvelles de leur fils. Rien. Romuald était un solitaire, il l’avait toujours été et aujourd’hui, ses parents constataient les limites de ce caractère qui les avaient bien arrangés jusque-là. La solitude éloigne les mauvaises fréquentations. Calcul un peu simpliste mais diablement efficace pour des parents aimants et craintifs. Et voilà que ce qui les avait apaisés à l’époque les plongeait aujourd’hui dans une détresse infinie, et une solitude, aussi. Ironie… Les heures de trajet ont été les plus longues de leur vie. C’est en tambourinant sur la porte vitrée de l’entrée qu’ils avaient réveillé le gardien qui logeait sur le premier palier, et qui leur avait ouvert la porte, non sans une mauvaise humeur à peine contenue, furieux d’avoir été réveillé à une heure aussi tardive. Après leurs suppliques, il avait accepté d’ouvrir la porte de leur fils, si celui-ci ne répondait pas. Peu orthodoxe, certes, mais la peur qui se lisait sur le visage des nouveaux venus était presque contagieuse. Il avait donc utilisé le double qui lui était obligatoirement remis par le propriétaire et avait laissé les parents pénétrer dans un endroit que l’on ne pouvait plus vraiment qualifier d’appartement. L’odeur qui s’était dégagée dès l’entrée empirait en passant devant ce qui fut une cuisine. Chaque pièce avait eu son lot de désolation, mais ils ne le virent qu’après. Ils s’occupèrent d’abord de récupérer leur fils comateux, sur un canapé crasseux de restes de nourriture et de fluides corporels en tous genres.

Plusieurs semaines furent nécessaires pour que Romuald arrive à prononcer un mot. Un prénom, plutôt. Viviane. Un prénom prononcé alors que sa mère lui servait la soupe du soir, rituel qu’il retrouvait de son enfance. Un prénom prononcé avec une profonde tristesse dans les yeux, la voix atone et monocorde. Elle en avait pleuré d’empathie. Son tout petit bébé de vingt-neuf ans. Son tout petit qui se blottissait dans son giron pour tenter de se reconstruire. Elle savait qui était Viviane, elle avait lu ses mails. Les jours qui ont suivi le retour de Romuald dans la maison de son enfance, alors qu’il continuait à s’enterrer dans son mutisme, elle avait ouvert son ordinateur portable, seul vestige de son passé que son mari avait consenti d’emmener, et elle avait commencé à comprendre. La rencontre d’abord. A la table d’un gros contrat, des yeux de biche, des mots pointus, des sourires inattendus. Puis une correspondance assidue, des sentiments gonflés par le mystère, l’absence. Une seconde rencontre, plus intime, puis une troisième. A la lecture de leurs échanges, de l’extérieur, elle avait immédiatement percé à jour la nature de leur relation. Romuald devenait plus dépendant chaque jour, Viviane se nourrissait du dévouement de son amant. Elle soupira devant le visage hagard de son fils. Son tout-petit, son bébé, pris au piège des deux plus grands prédateurs qui puissent exister. La femme… et l’amour.

Ils mirent des semaines à le remettre sur pied. Son père à la retraite s’activait à l’extérieur pour lui trouver de quoi s’occuper le moment venu. Sa mère s’acharnait à remettre son fils sur les rails de la cohérence. Lorsque Romuald pu converser correctement, sans fondre en larmes ou s’abîmer dans un silence soudain, il commença à rencontrer du monde. Il avait mis le temps nécessaire, mais il réussit à ne plus avoir peur de lui-même, puis des autres. A force d’obstination maternelle, de confiance paternelle et d’étincelle de vie remontée à la surface, Romuald finit par trouver un sens à ce nouveau départ. Après avoir convaincu son nouvel employeur, déniché par son père pendant sa convalescence, il reprit un rythme de vie à peu près normal. Toujours un peu sur la défensive, légèrement en retrait, il réapprenait à vivre doucement. Il n’avait pas oublié. Comment aurait-il pu ? Mais il avait réussi à digérer. C’est surtout cela qui lui avait permis d’avancer comme il l’avait fait. Sans oublier l’affection de ses parents. Et leur aide infinie. Il avait déménagé. Romuald ²avait passé les caps les plus difficiles, et se sentait presque bien maintenant. Tellement presque bien que… A la cafétéria de sa nouvelle entreprise, elle s’asseyait toujours en face de lui, une table plus loin. Il avait remarqué son petit manège depuis une semaine. Et jeudi dernier, elle s’était assise à sa table. Carrément. Puis le lendemain, elle lui avait adressé la parole. Ils avaient échangé des banalités, mais Dieu comme les banalités ne lui avaient jamais parues aussi intéressantes. De sourires en œillades, ils en étaient venus à se proposer de se voir bientôt. Romuald n’en avait pas parlé tout de suite à ses parents. Mais sa mère sut immédiatement. Le retour du prédateur. Le retour des prédateurs. Elle était impuissante et démunie, face à de tels adversaires. Alors, elle le regarda plonger à nouveau…

La brève du vendredi (dont tout le monde se fout, mais quand même)

Pour ceux qui ont suivi, aujourd’hui, je laisse mes bébés pour une semaine. Je fais l’impasse sur le vide qui commence à se creuser. Je profite des dernières heures en leur compagnie, avec la chance d’être en vacances et d’avoir organisé nos activités en conséquence. Toute cette semaine, nous avons oeuvré au jardin, plongé nos mains dans la pâte à modeler, épuisé notre imagination à coups de peinture, cuisiné de bons petits plats, lu, lu et encore lu, travaillé (un peu), rigolé (beaucoup), joué au jeux vidéo (pas mal), profité du soleil (énormément, vive le Sud !) et donc optimisé cette semaine ensemble, eux et moi, moi et eux, du bonheur à l’état pur.

Je te souhaite un bon week-end cher lecteur, aussi crapuleux que le mien, si possible (bah quoi, faut bien se consoler hein) !

(LA chanson qui réunit tout le monde, à la maison, dans la voiture, du plus petit à la plus grande (moi), on chante comme des forcenés, ça doit être tordant à voir (pas à écouter, je vous l’accorde)

Impromptus : Par quel miracle

Je ne sais plus par quel miracle elle est arrivée dans ma vie. A la faveur d’un petit matin frais, d’une soirée chaude et épicée, d’un long après-midi de farniente. Non, je ne sais plus par quel miracle. Mais elle est bien présente, aujourd’hui. Aussi fraîche que ce petit matin qui me l’a apportée, aussi pimentée que ce soir précis qui me l’a amenée, aussi alanguie que cette plage dorée de sieste estivale.

Une sensation  des plus frissonnantes, sur un rythme rouquin endiablé, après moult tergiversations intérieures. Une émotion vive, inconnue et inattendue, surprenante, comme interdite. Une saveur sucrée, salée, douce et piquante. Un voyage intérieur, aux allures de chevauchée fantastique, au volant d’un bolide dont on ne maîtrise pas encore toutes les commandes et  dont les subtilités de conduite restent encore à découvrir.

Un voyage aux sonorités d’une pluie tropicale, tiède et crépitante. A la chaleur d’un micro-soleil personnel, qui tient dans le creux d’une main, d’un ventre. Au goût des fruits exotiques les plus improbables, juteux à souhait. Aux mille représentations visuelles, comme un kaléidoscope réglé sur l’infini. Au toucher soyeux, mouillé, charnel, comme le linceul de l’ignorance. Aux odeurs paradoxales, aussi bien animales que paradisiaques.

Un Graal que l’on ne veut plus perdre de vue, que l’on réinvite régulièrement, que l’on réinvente le plus souvent. La découvrir, la laisser partir pour qu’elle puisse encore mieux revenir. Lui donner les clés pour qu’elle se sente partout chez elle. Lui offrir son intimité, les choses les plus secrètes, pour qu’elle se révèle indéfiniment.

Les chanceux qui ont déjà fait sa connaissance ne pourront que continuer à savourer sa présence régulière… je souhaite aux autres toute la patience et l’ouverture nécessaire pour croiser son chemin.

Cette semaine nous vous proposons de poursuivre votre voyage en écrivant un texte commençant par « Je ne sais plus par quel miracle… ». Pour mener à bien votre croisière écrite, nous vous demandons d’y inclure également un ou plusieurs moyens de transport….

Tag, tag, tag…

Voilà que mon lecteur (à qui je le rends bien) Fab-Fab prend ses aises… il me balance donc une patate chaude sous forme de questionnaire auquel il faut prendre le temps de répondre… je vais faire le maximum, mais je garantis rien…

Plutôt corne ou marque-page ?

Les deux mon général ! J’aime faire vivre mes livres, les rendre vieux de mes lectures et de mes passages dans leurs pages (au grand dam de certains), mais comme j’aime fabriquer des marque-pages originaux, forcément, j’en ai fait quelques uns pour moi…

As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

Bien sûr ! D’autant que lorsque vous êtes la littéraire de service, c’est le cadeau sur lequel tout le monde se jette, non sans essuyer quelques plâtres, quand même, je vous passe les détails… le dernier en date ? Un cadeau à moi-même, dont je vais parler ici, donc pas de teasing !

Lis-tu dans ton bain ?

Ouiiiii ! Enfin, soyons honnêtes, ça fait un moment que je n’ai pas pris de bain intelligent et… la dernière fois, ça doit être un Version Femina qui est passé dans mes mains (même pas honte).

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Oui. Mais l’idée s’est arrêtée là. Je ne parle bien évidemment pas des écrits d’adolescente en émoi et ceux un peu plus ravagés de jeune adulte en quête de quelque chose… tout a été brûlé, depuis. Aujourd’hui, j’ai une petite envie qui sommeille, et malgré les diverses invitations à me lancer, ici comme ailleurs (clin d’oeil à mon plus fervent supporter qui oeuvre en douce sur ma boite mail…), l’idée reste à un  état végétatif.

Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?

C’est simple, si je suis mordue, c’est le pied intégral. Aussi bon qu’un orgasme au clair de lune. Genre, La Tour Sombre, ou encore, Le Trône de Fer ou même, La Belgariade ! Du pur plaisir ! (Et non, les apparences sont parfois trompeuses, je ne lis PAS QUE ce genre de bouquins…).

As-tu un livre culte ?

Disons que… je dois en avoir plusieurs… celui qui m’a le plus marquée, La Mort est Mon Métier, de Robert Merle… Le Rouge et le Noir m’a pas mal remuée aussi…  J’ai des tonnes de couvertures qui me viennent en tête (sans les titres ! damned !), mais je retiens celui-ci. D’ailleurs, il faut que je me le procure, je dois en faire cadeau….

Aimes-tu relire ?

Pas souvent non, mais lorsque quelques années, genre une dizaine, se sont écoulées, je pense que ça peut se faire… notamment quand la saga en cours n’a pas été suivie dans l’immédiat, auquel cas il faut bien relire les premiers tomes pour se remettre dans le bain !

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimé ?

Mon rêve : me faire un circuit dans le Maine aux Etats-Unis, pour visiter tous les endroits que j’ai pu imaginer au fil de mes lectures insatiables des oeuvres de l’auteur qui m’a envoûtée à ma pré-adolescence (je vous laisse deviner qui il peut bien être). Le rencontrer ? J’imagine même pas… mais ce serait absolument génial..
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Aimes-tu parler de tes lectures ?
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Oui, en bien comme en mal. En même temps, je suis une bavarde qui ne se refait pas, alors, il n’y a pas de mal…

Comment choisis-tu tes livres ?

La plupart du temps, on me conseille, très souvent même : « j’ai lu un livre, je suis sûr(e) que ça te plairait ». Quelques fois, je lis une critique qui aiguise ma curiosité, d’autres fois, on veut me faire découvrir… c’est ce que je préfère je crois.

Une lecture inavouable ?

Hum… à part quelques Harlequins pendant mon adolescence, je vois pas… hum… non, je ne parlerai pas de la série pour enfants intitulée « Animorphs » que j’ai engloutie au cours de mes trajets de boulot… non, non, non…

Des endroits préférés pour lire?

Tous les transports en commun. Il fut un temps le métro, le RER, le bus. Aujourd’hui le train, la voiture… et sinon le canapé, les toilettes, le jardin, la terrasse… partout en somme… même si mon lit reste une place de choix.

Un livre idéal pour toi serait ?

Celui qui se régénèrerait en histoires écrites exactement comme je les aime.

Lire par-dessus l’épaule ?

J’aime lire les magazines et BD à deux. Ca demande pas trop de concentration pour se replonger dedans le temps de s’assurer que le rythme convient aux deux lecteurs. Sinon, par dessus l’épaule, je n’aime pas qu’on me le fasse, même si je le fais parfois dans les transports avec les journaux aux gros titres.

Télé, jeux vidéos ou livre ?

Ca fait un bail que la télé ne fait plus partie de mes activités de prédilection. Les jeux vidéos, oui, j’aime, mais à petite dose (uniquement parce qu’une fois que je suis lancée, je ne peux plus m’arrêter, sauf quand je stoppe avant de casser la console, parce que je ne suis pas assez concentrée pour réussir). Donc les livres, fatalement…

Lire et manger ?

En même temps ? C’est ça la question ? Euh… non, lire et boire un thé, oui.

Lecture en musique, en silence, peu importe ?

Plutôt en silence, même si un léger fond musical ne m’empêchera pas de me plonger dans un bon bouquin.

Lire un livre électronique ?

Non. J’aime trop le papier, sa texture, son odeur, sa couleur, pour ça.

Le livre vous tombe des mains : aller jusqu’au bout ou pas ?

Tout dépend de quelle manière il tombe… le souvenir qui me vient immédiatement en tête en lisant la question, c’est le soir où en plein milieu de la lecture de Simetierre, j’ai envoyé valser le bouquin a travers la pièce, terrorisée par mon imagination et le style de l’écrivain, aussi efficaces l’un que l’autre (j’avais onze ans…). Dans un sens plus ennuyeux, Proust ne m’a appris qu’une chose : inutile de persévérer sous peine de se rendre malade.

Voilà, vous en savez un peu plus sur mon rapport aux livres… c’était sympa finalement…

Je refile le bébé à ma douce Homéo, si elle ne l’a pas encore reçu, ainsi qu’à la libraire que j’apprends à lire au fil des billets, et… parce que deux sans trois n’existe pas, mon futur.

Impromptus : Décalage

Attention, âmes en berne, s’abstenir…

Dans un univers parfait, deux mondes se rejoignent et vivent intensément des milliers d’années une symbiose idéale, juste le temps pour eux de se rendre compte que leur contact rapproché n’a fait que pourrir l’intérieur de l’autre, comme une orange force la pomme à mûrir, l’humidité la carotte à se décomposer, l’oubli les pommes de terre à germer.

Des mois entiers de soleils imaginaires et de nuits profondes, de vie verte ou multicolore. Des orages intenses et des tourbillons délicieux, des poissons dans l’eau et des bêtes à cornes dans les montagnes. Quelques centaines d’années d’étincelles, de corps célestes en suspension, magnifiques astres brillant de tous leurs feux, témoins d’illusions partagées et de sincérités vécues.

Rien ne dure…

Ainsi va la vie, même dans les mondes issus de galaxies lointaines, où nos règles n’ont pas loi. La rouille ronge le métal… les microbes infectent les plaies… le virus se propage pour détruire le meilleur qui existe en chacun des mondes. « Il » se nourrit de leur énergie vitale, aspire jour après jour toute source de vie qui a pu y trouver place. Il n’en laisse plus que l’écorce presque aride, quasi-inerte, une croûte à deux visages, l’un mort et l’autre en hologramme, intact aux yeux de tous.

Alors qu’à l’intérieur, rien n’est plus, on peut encore voire  deux mondes d’apparence saine, sans se douter une seconde de ce qui se trame au coeur même de leur noyau respectif. Absolument rien pour l’un, le vide, le néant, l’absence. Et un marasme grouillant de choses laides et puantes, donnant l’illusion d’une vie, misérable mais une vie quand même, pour l’autre. Le moins chanceux finalement.

Un décalage de mondes, en somme. Un décalage de vie.

Consigne : Inspirez-vous librement de cette photo pour nous écrire une histoire ou un poème qui devra néanmoins comporter obligatoirement le mot décalage.