Impromptus : la poussière était rouge

Mais yé vous promets m’dame, yé sais pas d’où ça sort ce truc ! pleurnichait la petite bonne dans son costume de travail trop juste. Ses bourrelets endimanchés tressautaient au rythme de ses sanglots forcés. Sa supérieure, au regard sévère et à l’air revêche, la toisa de toute sa hauteur, par dessus ses lunettes en demi-lune, perchée qu’elle était sur ses escarpins vernis, aux talons aiguilles acérés.

C’est ce que nous allons voir ma p’tite, attendez un peu que le responsable de la brigade du stupre arrive. Vous lui expliquerez votre version des faits et nous serons fixés, à coup sûr. Cette « petite » l’exaspérait. Déjà qu’elle se mettait à pleurer à la moindre occasion, mais en plus c’était toujours à elle qu’arrivait ce genre de tuiles.

Comme cette fois où la star du petit écran avait laissé trainé ses bouts de latex usagés sous le lit. Quel aspirateur avait été bouché avec ? Celui de la « petite » bien sûr. Ou encore, lorsque le liftier avait été renvoyé pour avoir permis (et certainement participé à) une rencontre des plus douteuses dans l’ascenceur n°5, qui avait assisté à la sortie du trio criminel et du coup facilité leur sortie de l’établissement ? La « petite », oui. Il y aurait bien d’autres exemples, mais la sonnette de l’entrée de service sortit la chef de l’équipe de ménage de ses sombres pensées.

Un homme grand et maigre, le visage à moitié mangé par l’ombre de son chapeau au revers très large apparut dans l’encadrement de la porte qu’elle venait d’ouvrir. Une cigarette roulée et déjà à moitié consumée luisait de son extrémité rougeoyante dans l’ombre que ce géant projetait sur le palier. Les volutes de fumées s’échappaient mollement, paresseusement par dessus son couvre-chef et donnait comme un air de déjà-vu à la scène.

– Ma’ame, mes hommages, inspecteur Carl Shaw pour vous servir. Z’avez un problème qui relève de ma brigade qu’on m’a dit ?

Le sourcil arqué, la gouvernante en chef, examina attentivement le nouveau venu et bredouilla un vague bonjour, perdue dans ses pensées. Mauvaises, les pensées. Elle les chassa aussitôt, de peur de se faire remarquer. Reprenant sa raideur légendaire, elle fit entrer l’inspecteur et entreprit de commencer à lui expliquer la situation. Elle devait se forcer à garder le fil de ses idées car la prestance de l’homme qui lui faisait face la perturbait. Tout en virilité, en mystère, en… elle réajusta la veste de son tailleur pour se reprendre, une énième fois.

– Rouge, la poussière était rouge ! Vous savez comme le genre de poudres que l’on retrouve dans ces endroits… La gouvernante n’osait pas finir sa phrase. Pivoine, elle se tordait les mains de gêne. Parler de ce sujet devant un homme aussi… captivant.

– Oui ma’ame, j’vois bien. Un léger sourire qui se voulait réconfortant lui souleva la joue droite, laissant apparaître quelques rides d’expression très avenantes. Et j’comprends mieux pourquoi j’suis là maintenant. Mais quand même, dans un établissement d’votre réputation…

Les yeux rivés au sol, elle acquiesca en silence, ne pouvant se résoudre à affronter le regard de son interlocuteur.

– Je sais bien, c’est d’ailleurs la raison qui me pousse à croire que « la petite », pardon, mon employée ici présente doit y être pour quelque chose, ce n’est pas possible autrement !

L’inspecteur se tourna de toute sa hauteur vers la femme de ménage incriminée.

– Alors, racontez moi, m’zelle, comment cette poudre rouge , habituellement vendue dans les boutiques peu fréquentables, est arrivée dans votre réserve d’aspirateur ? mmmhhh ?


Comme un parfum de polar….. Nous vous proposons de composer un texte, avec les codes et les personnages incontournables à ce genre ; par exemple : un privé, sa secrétaire, le ou la cliente affolée, un flic, des truands, des indics, des femmes de « petite vertu »… ou ce qu’il vous plaira d’imaginer. La phrase suivante devra figurer dans votre texte : La poussière était rouge.

8 réponses sur “Impromptus : la poussière était rouge”

  1. Je me suis posée la même question : qu’est-ce que la poussière rouge ? Je me demande s’il y a une suite, parce que là on a l’impression qu’il y a trois petits…

  2. Mais laissez la place à votre imagination que diable !

    La poussière rouge peut être tout ou rien, un genre de cocaïne sexuelle ou d’héroïne de l’amûûûûr qui est teintée carmin, ou encore les restes dans un futur très lointain d’un amant qui a commis un adultère et dont la punition est de finir dans cet état…

    Il y a une suite, oui, mais dans ma tête 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *