L'impromptu du lundi : évènement

Il fallait bien que ça arrive. Voilà maintenant des semaines qu’elle tentait de prévenir tout le monde, autorités, entourage, écoles, mais personne ne semblait la croire, réagir, souhaiter intervenir. Personne ne la prenait au sérieux. Personne ne le prenait au sérieux. Et maintenant, il était trop tard. Résonnaient encore à ses oreilles les paroles de son interlocuteur, elle ne savait plus très bien qui, alors qu’il lui annonçait le pire, l’indicible, l’insoutenable. Elle rouvrit ses yeux brûlés par les larmes, le sel piquant encore ses pommettes, un goût de viande avariée dans la bouche, conséquence de la fermentation des coupures qu’elle s’était infligée avec ses propres dents quelques heures plus tôt, le combiné contre l’oreille. Elle regarda une énième fois la photo à laquelle elle se cramponnait depuis le coup de fil-couperet. Leurs yeux la regardaient, rieurs, heureux, confiants. L’oxygène lui manquait. Ses fils, ses fiertés, ses bébés. La tête lui tournait. Trois petites têtes brunes à la peau halée… Ils avaient confiance en elle, rien ne pouvait leur arriver… trois paires d’yeux coquins… elle les protégeait depuis leur naissance, ils se sentaient en sécurité… trois frimousses d’anges… oui, des anges, c’est bien ce qu’ils étaient devenus aujourd’hui. Comment survivre ?

Consigne : un évènement chamboule tous vos plans. Contez-nous le, cet évènement, de la manière qui vous plaira tant que votre écrit – prose ou poésie -contient les mots suivants (dans cet ordre) : fallait bien que ça arrive.

La brève du vendredi (dont tout le monde se fout mais quand même)

Voilà quelques nuits que je n’arrive pas à fermer l’oeil avant une heure avancée du début du lendemain, pour en plus passer une nuit pourri(t)e, j’ai donc énormément de mal à me contenir la journée (non, je ne fais pas dans le scato, je parle uniquement de mon humeur bande de sales),  avec mes loups, ça me mine un peu, même s’ils en connaissent les raisons… mais aussi dans le cadre de mes correspondances. Heureusement que la plupart de mes interlocuteurs connait mon actualité parce que sinon, je passerais pour une conne XXL (oui, peut être que si quand même, mais personne n’est parfait).

Je cherche un moyen de ne pas focaliser sur un fait bien particulier et qui me pose problème, un gros problème, donc comme je n’y arrive pas seule, j’ai décidé de consulter. Ce ne sera pas ma première (ni ma dernière vu mes choix de vie) mais c’est un nouveau docteur que je vais voir, alors je ne sais pas du tout comment ça va se dérouler. Honnêtement, j’appréhende le « très mal », sans même savoir à quoi ça pourrait correspondre à mes yeux. Mini-billet sur le sujet à venir. Ou pas.

En attendant, je vais de ce pas prendre une bonne douche pour me préparer au sommeil (oui, j’horodate mes articles, et alors ?) car avoir les yeux révulsés par l’insomnie mais sentir à trois kilomètres, non merci. On peut se foutre de la couleur de ses yeux (encore que le rouge s’harmonise parfaitement avec le bleu, si, si) mais se soucier du sillage olfactif que l’on laisse sur son passage, je vous assure !

Have a nice day guys…

L'impromptu de retard : toucher l'instant

Premier virage, mon cœur se serre mais mes gestes ne suivent pas. J’ai pourtant bien répété l’action, cent fois dans ma tête, mille fois dans mes rêves, un million de fois dans mon désespoir. Deuxième virage, j’accélère, la vitesse me donnerait presque le courage… et puis non. Je réadapte mon allure, reprend ma respiration qui s’était stoppée à l’approche de la courbe d’asphalte. Les images se bousculent derrières mes yeux grands ouverts, je revis tout, chaque seconde de face à face, chaque caractère des écrits, chaque intonation des messages, chaque mensonge des attaques. Troisième et avant-dernier virage, j’inspire profondément et je visualise ce que je dois faire pour arriver à mes fins. Soudain, ce sont eux qui prennent la place, riant de leur joie de vivre si communicative. Un léger sourire effleure mes lèvres. Je revois la route et je m’aperçois que le troisième virage est loin derrière moi. Les platanes continuent cependant de ponctuer cette route sinueuse, montagnarde par excellence, regorgeant d’endroits stratégiques pour de belles cascades de film avec spectaculaires chutes de ravin et tonneaux à foison. Plus qu’un kilomètre avant la dernière éventualité de ce parcours, jusqu’au prochain trajet qui amènera les roues de ma voiture dans le coin. Je repense à ce qui m’attend après, plus tard, mais pas si loin que ça. Je repense à ses mots, ses promesses de vie gâtée, ses menaces de douce vengeance. Même les regards si pétillants qui tentent de batailler en face n’arrivent plus à faire le poids. Toucher l’instant, j’y arrive. Le virage s’annonce, mes membres deviennent soudain plus souples, le volant se bloque comme dans un songe et mon cœur se brise. Toucher l’instant, cette infime seconde entre la conscience et la fin pendant laquelle on savoure la libération. Des mois de lutte acharnée sans aucun résultat relégués au rang de simple souvenir d’un esprit karmique en dérive. Toucher l’instant. L’absence de parapet facilite la manœuvre, la vitesse engrangée pendant la remémoration des douleurs améliore la lancée. Je plane trois secondes avant d’entrer en collision avec un cyprès majestueux. Ma voiture explose en mille éclats de lumière, dans un fracas assourdissant, puis le silence. Toucher l’instant. J’y suis. Un doux parfum chatouille mes narines, j’entends une respiration lente à côté de moi, comme endormie. Le contact d’un tissu frais étonne mes mains et lorsque ma tête se tourne, mes lèvres goûtent celles de l’être aimé. J’ouvre les yeux. Cauchemar ou rêve ? En tout cas, je n’ai pas encore touché l’instant. L’amertume et la lassitude m’étreignent. Bientôt.

Consigne : Les Impromptus vous proposent un temps hors bousculade, avec le thème « Toucher l’instant » (titre inspiré du slam de Grand Corps Malade).

L’influence musicale du jour

Deux artistes au talent exceptionnel (oui, je sais, je devrais faire Michel Drucker quand je serai grande) qui se rencontrent, je suis tombée dessus par hasard et autant vous dire que j’ai trépigné de joie en voyant la liste des titres qu’ils ont joué ensemble. Petit florilège :

Je viens de finir…

Une magnifique boite de…12 canelés Baillardran !

Ok, j’ai été un peu aidée… mais si peu ! Le canelé est une de mes gourmandises préférées et franchement, ceux-là sont du pur bonheur, du plaisir à l’état pur ! Des grains de vanille qui croquent sous la dent au moelleux du gâteau, de la saveur de rhum au fond de caramel à peine déposé, c’est un vrai régal. Il parait que cet « artisan » est le plus réputé de la région bordelaise et ça ne m’étonnerait pas du tout en effet (à découvrir si vous passez dans le coin, parce que vu les frais de port…)

Bon, ok, j’ai aussi terminé…

Découpé en tranches, Zep

Que j’ai beaucoup aimé… je ne vais pas faire un bref/plus/moins, le support étant des plus minces, je vais juste vous donner mes préférences dans cette BD qui reprend les idées personnelles du dessinateur, avec beaucoup d’humour, de tendresse, de réalité… j’ai un petit faible pour la présentation de chaque chapitre avec sa tranche de zep fumé (oui, moi je préfère la viande fumée, et alors ?), ainsi que pour sa toute première planche, dans laquelle on passe un super moment à identifier chaque personnage, ainsi que dans deux ou trois sujets qui m’ont touchée (« horreur » notamment, car je partage à 100% ce qu’il y raconte !), fait rire (les pouvoirs extraordinaires !!!), troublée (my generation) et franchement, que j’ai beaucoup apprécié, dans l’ensemble (larmes, cartes…). A lire, vraiment.

L'impromptu du lundi : Caresses de doigts effilés

Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient lentement la fibre de carbone laquée. Le rouge lui allait à merveille, c’était une certitude. La teinte qu’elle frôlait du bout de la main était exactement la même que celle utilisée pour sa manucure. Ce n’était pas le hasard. Remontant son Vuitton sur l’épaule, elle serra les talons pour gagner en hauteur et en droiture. Raide et longiligne, elle observait l’engin du coin de l’œil. Ses fines jambes gainées de bas noirs se reflétaient dans la carrosserie de la portière avant et donnaient l’illusion de mesurer des mètres, ce qui n’était pas très éloigné de la vérité. La musculature qui s’affichait devant elle l’hypnotisait littéralement. L’index remettant en place ses Dior sur le haut de son nez, elle amorça un tour du propriétaire. Cette élégance et cette pureté des formes… Serrant son sac contre elle, le pas délibérément mesuré, ses talons hauts claquant contre le dallage, elle tentait de ne pas montrer son excitation. De l’extérieur, rien ne filtrait. Et pourtant, chaque centimètre de cette voiture lui prenait les tripes.

Elle repassa mentalement les quinze minutes de l’essai route qu’elle venait de faire. La clé qui prend si facilement place dans son encoche, le démarreur qui réagit au quart de tour et le doux vrombissement qui surgit dans la seconde qui suit. La première enclenchée, l’impression que l’asphalte est velours et que les rapports sont caresses. La vitesse qui surprend sans faire peur et les secousses qui ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Les pneus collés à la route, donnant l’illusion de danser avec elle. La sensation de liberté quand les kilomètres désertiques défilent à toute allure. La sensualité du volant en cuir au bout de ses doigts, la pulpe en appréciant chaque grain soigné. L’impression de puissance au freinage, mais rien de brutal, plutôt une maitrise poudrée, subtile. Quelques minutes en suspension dans l’air du temps. La parfaite voiture pour ses envies de conduite à vitesse grand V. La sécurité, les performances, la grâce et la renommée.

Elle fit face à son interlocuteur, relevant ses lunettes de soleil sur ses cheveux, découvrant ainsi un regard incandescent, sûr de lui, carnassier. L’ambassadeur de la marque, spécialement chargé de la vente de ce genre de petits bijoux, hésita un instant avant de lui adresser la parole en premier, mais le sourire enjôleur qu’elle lui adressa l’invita à le faire. Malgré la contenance dont il devait faire preuve de part sa fonction et les clients d’un certain standing auxquels il avait à faire, il affichait quelques réticences du « pauvre bougre qui ne sait pas à quelle sauce il va être mangé ». Il présenta la suite des réjouissances. S’ensuivirent une longue liste de caractéristiques encensées face à des réserves bien fondées, d’arguments choisis d’une part et de certitudes assénées de l’autre. Le combat fut rude, les acteurs superbes. Les négociations qui avaient commencé dans le salon d’exposition se terminèrent autour d’une tasse de café dans le bureau coquet et feutré du directeur. Une odeur de cèdre embaumait la pièce, détendant l’atmosphère qui entourait l’éphémère couple, formé pour l’occasion. Des sourires narquois et des regards amusés s’affichèrent de temps à autre, ponctués par quelques rires de circonstance et mots bien pesés. Après une petite heure de conversation cordiale, elle finit par sortir du bureau, satisfaite et pressée de rejoindre son chauffeur. Elle n’oublia cependant pas de laisser filer un doigt parfait le long de l’objet tant convoité quand elle passa à côté.

Une fois rentrée dans sa grande demeure du haut de la vallée, dans laquelle personne ne l’attendait, comme d’habitude, elle s’affala sur le sofa vieux rose et soupira. Pas très sophistiquée cette position. Qu’importe, elle réfléchissait déjà à sa prochaine acquisition, enfin… à son occupation du lendemain. Tableau de maître ou robe de grand couturier ? La moue boudeuse, elle s’accorda quelques instants de réflexion pendant lesquelles elle profiterait d’un bon bain… la lecture d’un message posé par la femme de chambre sur son lit et indiquant « Monsieur ne rentrera pas avant 23 heures » affaissa ses traits, lui donnant quinze ans de plus en une fraction de seconde, mais ça ne dura pas. Les sels de bain déposés sur la résine gris perle, l’eau chaude fumant dans la pièce, elle reprit l’air serein que chacun lui connaissait et attrapa le livre posé sur sa table de chevet. Après un rapide coup d’œil au lit et au côté occupé par son mari quand il était là, elle entra dans la salle de bain, bien décidée à ne pas se laisser aller à l’amertume. Après tout, dans une semaine, elle serait l’heureuse propriétaire d’une 8C Competizione… Combien de femmes de trente-six ans pourraient en dire autant ? Alors ? Galerie d’Arts ou Faubourg Saint Honoré ? Et si… plutôt… un coup de téléphone… une vieille connaissance recroisée la veille… le désir intact dans ses yeux… Le regard las laissa percer une étincelle de malice et son sourire légendaire de nouveau accroché à ses lèvres, elle plongea son corps dans l’eau effervescente…

Consigne : Votre créativité littéraire va encore être mise à dure épreuve avec la proposition suivante : écrivez une histoire avec le ton, le style, le genre que vous voudrez, mais elle devra impérativement commencer par cet incipit : « Ses doigts effilés aux ongles soignés caressaient …« 

La brève du vendredi (dont tout le monde se fout mais quand même)

Mes impromptus ne trouvent pas de public, à part un ou deux fidèles (qui le sont pour des raisons extérieures au blog) et je trouve ça dommage. J’aime écrire parce que c’est comme lorsque je pouvais lire enfant, ça me donne l’impression de voyager, de m’évader, d’oublier pendant quelques instants ce qui m’entoure et l’actualité de ma vie. J’aime aussi écrire, et ça je l’ai découvert il y a peu, parce que ça suscite chez l’autre, du bon, du moins bon, de la critique, de l’encensement, bref, ça génère quelque chose. Et là, ben, ça me manque.

Surtout vous, avec qui je maintiens une correspondance régulière par mail ou d’autres moyens, j’avoue ma curiosité sur vos penchants concernant ma prose. Même si je n’ai la prétention de me qualifier d’écrivain, j’aime à penser pouvoir égayer certaines soirées d’une lecture amusante, ou faire se questionner les plus hermétiques avec une petite morale bien trouvée, ou encore susciter, encore et toujours, douce envie, simple intérêt, fougueuse passion…

Je vais continuer à écrire, cela va de soi, je ne peux pas m’en empêcher. Mais si la publication de ses écrits pouvait engendrer un retour de commentaires, ce serait pour moi la cerise sur le gâteau. J’imagine que je dois laisser le temps au blog de retrouver sa popularité doré d’il y a quelques mois et je vais continuer à m’y employer par la publication de différents billets, reprenant les plus consultés car ils sont un plaisir à créer pour moi, mais vous qui me lisez ces derniers temps, prenez quelques secondes, ça motive la tenancière et vous ferez votre BA de la journée, c’est tout bénéf’.

Après avoir longtemps hésité avec ça, je vais vous mettre un titre qui m’est cher en ce moment, et que je ne pourrais publier que sur Circonstances, mais comme je m’y interdis des éléments extérieurs… je profite de l’occasion.

For you… Do you think we’ll make it ?

L'impromptu de retard : florilège d'été

Consigne :

Cher(e)s auteur(e)s Impromptu(e)s

Cet été nous allons prendre quelques semaines de vacances.
Le site sera donc « au repos » du 27 juillet au 24 août.
Mais, laisser un billet laconique du genre « fermé pour cause de congés » nous semblait un peu triste.
Nous allons donc vous proposer de composer vous-mêmes, le Florilège de la saison 4.

Quoi ? il s’agit simplement pour chacun d’entre vous qui souhaitera participer, de choisir ses 2 textes préférés parmi ses propres participations depuis le début de la nouvelle version (29 septembre 2008, premier thème « l’aventure »).

Comment ? sur la boîte aux lettres Gmail habituelle, vous nous envoyez un simple message nous disant : pour le Florilège de l’été, mes deux textes préférés sont ceux que j’ai écrits pour le thème … et le thème … dites-nous éventuellement pourquoi vous les avez choisis : nous mettrons en en-tête des textes les raisons de votre choix.

Quand ? quand vous le souhaiterez, dès aujourd’hui et jusqu’au 15 août. Nous programmerons les textes à un rythme régulier tout au long de la période. Les commentaires seront également possibles.

Nous espérons que cette idée vous séduira et que nous aurons ainsi un site toujours aussi vivant et dynamique.
En attendant, nous vous souhaitons d’excellentes vacances.

L’équipe des Impromptus littéraires

Alors voilà, j’ai écrit pas mal de choses depuis l’ouverture de la nouvelle saison des Impromptus. Les liens sont repris ci-dessous et ce que je souhaiterais, c’est que vous fassiez votre propre choix, peut être parce que vous les avez déjà lus et vous en souvenez ou parce que vous avez du temps à perdre et allez cliquer sur chaque lien ou encore parce qu’un titre vous parlera et que la curiosité fera le reste… dites moi en commentaire quel est votre récit préféré, voire les deux que vous avez appréciés, ça me donnera également une idée de ce que vous aimez lire dans mes pages. Merci !

L’aventure

Tous les soirs c’était la même farce

La voie de la simplicité

Ma bibliothèque

La rondeur des jours

C’est par où ?

Tout est musique

Je sais tout

Pseudo

Comme dans l’étranger

Danse ta vie

Métamorphose

Conte de noël 1 et 2

Le miroir et le diable

Dans les étoiles

Souvenir d’école

Décalage

Par quel miracle

Le retour du prédateur

La poussière était rouge

Feux d’artifice

Chaussure

Au bout du fil

A vos fourneaux

Pagaille

Selon Virginie Lou

Fais moi la courte échelle

Luxe, calme et volupté

Anniversaire

5 couleurs ou plus

Je vous fais grâce des thèmes que je traite en retard et qui auraient dû être inclus, il y a déjà pas mal de liens comme ça (on ne se rend pas compte en fait)… pour ceux qui ont eu le courage de tout (re)lire, vous avez tout votre temps pour répondre…

Je viens de finir…

Chroniques de San Francisco, vol. 1, Armistead Maupin

Dans un précédent article, je vous ai parlé de ma longue descente aux enfers concernant la lecture. Embourbée dans une vie de devoirs que l’on m’a imposée et que j’ai acceptée sans trop de résistance pour préserver mes acquis, c’est un des premiers loisirs que j’avais abandonnés, avec l’écriture, et celui qui est le plus difficile à me réapproprier, bizarrement. Mais je ne me laisse pas faire, je suis têtue (on se tait dans le fond) et on m’aide bien, à l’occasion, en me mettant dans les mains ce genre de livres, bouquin que j’ai dévoré en deux jours (ça fait une éternité que ça ne m’était pas arrivé).

En bref : Fin des années 70, une fille de province découvre la grande ville qu’est San Francisco, ainsi que ses us et coutumes, faune et habitants. Elle intègre une résidence des plus mystérieuses et libérées. D’autres personnages sont dépeints, se lient et se délient au gré du hasard et le résultat est plutôt réussi, des chroniques humaines, plausibles et attachantes. On se reconnait dans au moins deux des protagonistes, assuré.

Le plus : La diversité des personnages, les traits de caractère remarquablement bien décrits, les rapprochements plutôt bien trouvés, une intrigue simple et efficace. Un tout qui se lit vitesse grand V, parce qu’on veut savoir pourquoi il a couché, pourquoi elle revient, comment elle lui dira, s’il cèdera finalement… ces chroniques font appel à notre sensibilité d’Homme mais aussi et surtout, à notre perfide curiosité qui nous pousse à vouloir tout savoir. Mes préférences ? J’aime beaucoup le chef d’entreprise, sa fille, Mickael… et Jon.

Le moins : la caricature des personnages pêche un peu parfois, même si ça donne le sourire à la lecture pour quelques uns. Et surtout, surtout, la perte de… bref… je ne peux pas dévoiler une partie de l’intrigue, mais sachez que ça m’a mise hors de moi ! Nous avions de grandes choses à découvrir par son intermédiaire ! Sinon, la personne par laquelle on découvre les lieux, Mary Ann Prout Singleton m’agace au plus haut point aussi, heureusement que le livre se tourne de plus en plus vers les autres dès la fin du premier tiers.

L'impromptu du lundi : une contrée imaginaire

L’air avait un goût. C’était indéniable et pourtant si peu probable. Elle renifla une nouvelle fois, les yeux fermés pour bien se concentrer, afin que chaque particule atteigne ses sinus en éveil. Un goût, oui, mais lequel ? Une douceur, un peu nostalgique, un brin féérique, un poil surannée. Les papilles en éveil, le nez en trompette devenu fer de lance, elle avançait par l’esprit dans cet univers parallèle. Curieuse de découvrir ce qui se cachait par là-bas, tout au fond, juste en dessous de son palpitant vieux de trente ans, elle se fixait sur les saveurs à portée de nez. Mais aussi de bouche, finit-elle par remarquer. On pouvait également sentir par la bouche. Elle s’aperçut qu’il aurait fallu cette expérience inédite et distrayante pour s’apercevoir du phénomène. Ses narines frétillaient, comme à la recherche de tout ce qu’elles pourraient percevoir. Elle continua à se délecter, tranquillement, tentant d’identifier chaque sel, chaque sucre, chaque épice, chaque miel, les reliant à des moments, des lieux, des époques et bien entendu, des personnes. Une fois bien rassasiée de cette brume d’arômes mélangés, synonyme d’enfance et de béatitude, elle hésita sur le prochain sens à explorer cette fois-ci.

La bouche qui avait déjà été mise à contribution lui sembla être le choix idéal. Elle écarta doucement ses lèvres, yeux toujours fermés, oreilles encore bouchonnées, et passa délicatement le bout de sa langue rouge d’excitation sur la fine peau parée de gloss. Puis les picotements arrivèrent. Pas du tout comme les chatouillements de l’odorat quelques minutes plus tôt, c’était une sensation exaltante et inquiétante à la fois. Comme de minuscules aiguilles qui titilleraient ses lèvres pulpées par l’agitation. Et les goûts commencèrent à déferler. Les premières notes coulèrent le long de sa gorge avant même qu’elle ait pu identifier leur composition. Elle se recentra pour ralentir le processus. Doucement, un à un, ils replongèrent dans le creux de sa bouche, baignant quelques instants dans les muqueuses en attente, pour finir par caresser sa glotte et son œsophage. Des délices liquides, les flux de salive aromatisée se succédaient, sans jamais devenir écoeurant ou étouffant. Là encore, de jolies images s’associèrent aux sensations buccales, et le sourire béat qui suivit en témoignait largement.

Elle choisit de continuer par le toucher, se réservant le droit de s’émerveiller par les oreilles et les yeux pour la fin. Sa main droite s’ouvrit maladroitement dans le vide, ne sachant pas ce qu’elle allait attraper, frôler, toucher, palper. Avec un peu d’appréhension, elle dessina quelques volutes en l’air, en attente, lorsqu’un voile d’une extrême finesse s’emmêla dans ses doigts. Soie, satin, organza, une multitude de douceur, qui lui étreignit carrément le cœur. La fluidité disparut pour laisser sa place à des formes rugueuses, râpeuses sans être désagréables, comme un grattoir qui viendrait soulager des démangeaisons insupportables, le contact qui aurait pu faire frémir faisait ici du bien. Les images associées se faisaient plus sombres, moins détaillées, moins lumineuses, mais le sentiment de sécurité demeurait. Cependant, elle relâcha la tension de son bras pour rompre la sensation. Elle choisit d’essayer avec la gauche, histoire de voir. Et ne fut pas déçue, comme toujours. Un environnement moite, chaud et enveloppant. A mi-distance entre le giron d’une mère et le sexe d’une femme. Les ressentis étaient intimes et profonds, mais pas dérangeants là encore. Elle ne s’attarda pas toutefois.

Avec précaution, elle retira le bouchon jaune qui lui garantissait un silence presque absolu dans l’oreille gauche. Une fois n’est pas coutume, elle avait décidé de commencer par son « mauvais côté ». Des rires éclatèrent immédiatement, des sons cristallins et entrainants, gorgés de joie et de bonne humeur. Elle se sentit immédiatement sous le charme de la musique qui prit le relais. Une mélodie classique, jouée avec beaucoup de légèreté et de doigté par un quatuor d’exception. Elle se surprit à penser que c’est peut être ce qu’elle préférait quand elle venait ici : sa capacité à tout identifier, même après à peine quelques secondes, avec précision. Un étrange sentiment de maîtrise et de contentement. Elle laissa bientôt libre cours à son oreille droite, assimilant chaque tintement de cristal, les bruits de bavardages et la berceuse qu’elle aurait aimé entendre petite. Une bouffée de tristesse l’envahit et immédiatement, les rires d’enfants fusèrent à gauche, comme pour lui rappeler l’objectif de sa venue ici. La voix de son homme, chaude et rassurante, ni grave ni aigüe, juste parfaite. Et le clapotis…

Puis son moment préféré. La découverte de la contrée. Chaque fois différente, chaque fois identique. Les composants changeaient souvent mais le bien-être perdurait. Elle avait réussi à trouver son équilibre virtuel, enfin. Elle ouvrit quand même timidement les yeux. Les couleurs chatoyantes l’agressèrent dans un premier temps, comme toujours. Elle trouva tout trop criard, pimpant et envahissant. Puis ses yeux se familiarisant avec la luminosité et ses choix d’agencement, elle finit par afficher un sourire des plus radieux. Les collines verdoyantes étaient toujours là, dans le fond, leur teinte tirant sur la pomme granny, ce qui lui donnait encore plus envie de croquer dedans. La rivière et sa cascade, dont le doux mouvement avait ponctué la partie auditive, claire comme de l’eau de roche, ce qui tombait plutôt bien puisque c’en était. Le kiosque à musique, sur la droite, avec le quatuor, la cuisine d’été, sur la gauche, garnie de quelques mamys en plein exploit culinaire. Les bois coupés, juste à ses cotés, les algues champignons de son invention, à ses pieds, dont le coloris la fit s’esclaffer, un mélange de pois rose et de rayures vertes et blanches. C’est là qu’elle avait terminé son chemin tactile semble-t-il. La ribambelle d’enfants qui sautaient par-dessus les herbes folles qui lui avaient chatouillé les mains, la femme sans visage qui chantonnait doucement sur l’autre rive, son homme qui se tenait au milieu de ce paysage invraisemblable et inattendu. Tout était là. La quintessence du mélange de ce à quoi elle tenait le plus et de ce qui la réchauffait à coup sûr.

Elle prit encore quelques minutes pour profiter de sa création, croisant les doigts pour que la minuterie ne mette pas un terme prématuré à l’aventure. Elle se rendit compte qu’elle croisait d’ailleurs réellement les doigts, ce qui lui permit de sortir de sa rêverie avec l’esquisse d’un sourire, et un peu moins de l’habituelle amertume qui accompagnait généralement la fin de ses aventures. Elle retira précautionneusement le casque lourd qui lui enserrait la tête et le visage, puis y glissa les bouchons jaunes. Elle enleva ses gants en faisant bien attention aux fils qui pendaient et leur fit rejoindre leurs copains de jeu. Avec un petit soupir, elle s’avança dans la pénombre jusqu’à la porte métallique coulissante et laissa la lumière de la boutique pénétrer dans sa cabine. Juste le temps de s’acclimater aux nouveaux bruits et au soleil qui dardait ses vrais rayons, puis elle fila remettre le matériel au guichet estampillé « retours ». Elle récupéra sa caution, remplit avec automatisme la fiche de satisfaction et commença à se diriger vers la sortie. Elle se ravisa avant d’atteindre la porte et retourna sur ses pas. Récupérant le billet de satisfaction de « Contrée Imaginaire, votre rêve à tout faire », elle griffonna ces mots à l’arrière : « et finalement, ils se lassent de tout… la nouveauté disparait avec sa découverte, l’être humain est enlisé dans sa quête éternelle du bonheur, alors qu’il pourrait se contenter de ce qu’il a à portée de main… vos machines sont des pièges, non à bonheur, mais à candeur ».

Consigne : nous vous proposons de nous amener dans une contrée imaginaire de votre propre cru.