Impromptus : Si je ne rentrais pas

Si je ne rentrais pas ? Oui, une soudaine envie de ne plus rentrer. Chez moi, dans le moule, que sais-je…

Rouler, à n’en plus finir, avaler les kilomètres de bitume, autant que mon réservoir m’en laisserait en engloutir. Puis abandonner la voiture lorsque l’intégralité de mon essence se sera évaporée en fumées nocives de mon pot d’échappement. Alors je marcherai(s) des milliers de milliers de mètres, à en user mes chaussures jusqu’à la corde. Je continuerai(s) sur la plante nue de mes pieds et quand la corne se sera installée, par-dessus le sang de mes blessures d’expérience et de la sueur de mes efforts, j’achèverai(s) mon pèlerinage au bord de la mer. Sur une plage douce de sable ocre, je reposerai(s) mes muscles endoloris par ce voyage tant initiatique qu’impromptu. Puis je regarderai(s) vers l’horizon, pour réfléchir, méditer, apprendre. De mes choix, de mes erreurs, de cette rupture. Je penserai(s) avec douleur et amertume à mes enfants, laissés derrière, sur un coup de tête loin d’être empreint de spiritualité, juste d’épuisement et de sursaut salvateur. Je reverrai(s) avec peine mes souvenirs d’amoureuse, nos joutes et nos ébats, tout ce qui aura fait de moi une femme. Les yeux remplis de larmes et le cœur en berne, je prendrai(s) conscience de ceux que j’aurais abandonnés.

Je mettrai(s) dans une balance imaginaire ce que j’aurais appris sur mon chemin, ceux que j’aurais découverts, ce qui m’aura grandie. En face, les êtres chers, mes constructions, mes projets, même branlants. Je regarderai(s) avec attention l’équilibre précaire se livrer bataille à lui-même et me plongerai(s) dans un état d’angoisse intense, pour encore mieux vivre le résultat tant attendu. Alors, je m’apercevrai(s) que ce qui est derrière est finalement devant.

Et c’est toujours à cet instant précis de mes pensées que je passe le pas de ma porte…

consigne

5 réponses sur “Impromptus : Si je ne rentrais pas”

    1. Partir pour mieux revenir ?
      (Cette marche sur le macadam me fait penser à La Route… mais pour le coup c’est sans retour)

      1. J’aime beaucoup l’idée et la façon dont tu l’as traité. C’est une impression que j’ai déjà ressenti. Vue par ton prisme, j’ai le sentiment que c’est moi qui part. Le sujet est intéressant.

  1. Tous ces petits moments magiques
    De notre existence
    Qu’on met dans des sacs plastique
    Et puisqu’on balance,
    Tout ce gaspi de nos coeurs qui battent,
    Tous ces morceaux de nous qui partent,
    Y’en avait plein le réservoir
    Au départ.
    On avance, on avance, on avance.
    C’est une évidence :
    On a pas assez d’essence
    Pour faire la route dans l’autre sens.
    On avance.
    On avance, on avance, on avance.
    Tu vois pas tout ce qu’on dépense. On avance.
    Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense.
    Il faut qu’on avance…

    🙂

  2. Garrice, il a des soucis techniques en ce moment, mais j’ai hâte de t’y voir !

    Pandora, mon angle d’attaque est certainement moins dramatique !

    Intrépide, je me doute que nous sommes plusieurs à avoir ces ressentis…

    Cacoune, en d’autres termes, oui !

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