Je viens de finir…

Sa majesté des mouches, William Golding

Je l’ai vu trainer sur une étagère de notre bibliothèque et, me remémorant une des répliques de mon beau Sawyer dans Lost (oui, je sais rien à voir… mais si, un peu quand même ! Me remerciez pas les filles) dans laquelle il était question de cette expression, je me suis décidée à ouvrir ce livre qui est considéré comme un grand classique de la littérature enfantine (Gloups ! Enfantine
? Enfantine ! Non mais allô quoi ! -ok, j’arrête- ).

En bref : Des enfants se retrouvent isolés sur une île déserte, sans présence apparente d’adultes, laissant libre cours à leurs instincts. Organisation pour leur survie et volonté de faciliter leur sauvetage dans un premier temps, puis l’être humain, dans toute la complexité de sa nature, fait la différence et basculer l’histoire.

Le plus : D’un point de vue psychologique et regard sur l’homme, c’est sûr, ça fait réfléchir. En fermant le livre, l’étonnement ou la stupéfaction qu’il serait légitime de ressentir sont absents. A la place, vous avez une espèce de résignation qui vous envahit. Un peu comme un soupçon de fatalité qui plane au-dessus de vous… ça fait réfléchir, mais forcément pas de la manière la plus gaie. On devine la régression de cette fragile civilisation naissante et lorsqu’on assiste, impuissants, à son déclin (suivant l’angle de vue), des frissons nous parcourent. Effet garanti.

Le moins : Alors là, je vais calmer mes ardeurs, parce qu’a priori, j’en ai une liste longue comme le bras. Dans un premier temps, les illustrations de l’édition que j’ai lue (les mêmes que celles en tête d’article) : dépourvues de beauté et de finesse, sans doute pour souligner les facettes abruptes des personnages. Ensuite, le style ! D’accord, le roman a été écrit en 1954, mais je le trouve imparfait, peut-être est-ce simplement dû à la traduction ? Je n’ai pas la réponse. Toujours est-il que certaines phrases sont creuses, rendant les descriptions sans intérêt, voire inimaginables (le comble) ! Ensuite, la classe dans laquelle cet ouvrage est catalogué. Un lecteur engagé ressent ce qu’il lit. Je ne mettrai(s) pas mon fils de neuf ans face à ce livre ! Avec des pincettes celui de douze. la violence des réactions et des actes décrits est bien réelle. Pour finir, cela m’a rappelé l’intrigue de Lost, dans les trois premiers quarts du récit. Ce dernier n’y est pas pour grand chose, mais la sensation de m’être faite avoir par la série a persisté tout au long de ma lecture, sans pouvoir réellement détailler le malaise. Cela dit, je pense qu’il fallait que j’aie lu ce livre. C’est chose faite.

Note pour plus tard

Ne pas se mettre à jouer les Mac Gyver en démontant la PS3 lorsque son fils soutient mordicus qu’il y a inséré un CD de jeu alors que rien ne sort en appuyant sur la touche  « eject ».parker lewis

Sinon, comment ne pas trembler à chaque utilisation de ladite console à cause de cette maudite vis qui est restée sur le carreau après le remontage de la toujours dite console ?

Je viens de finir…

Le livre de Joe, de Jonathan Tropper

J’ai lu, sur un blog que je suis, un article vraiment enthousiasmant au sujet de ce livre. Il y était question de ton particulier, beaucoup d’humour, de personnages décrits avec justesse et précision, d’histoire si ce n’est originale tout au moins accrocheuse, et de messages. Une critique avisée qui m’a donné plus qu’envie d’acheter l’ouvrage et de m’y atteler. Sans regrets.

En bref : Nous avons ici un écrivain névrosé, à qui tout pourrait réussir suite au succès phénoménal de son premier roman (fictif, évidemment… mais bel et bien basé sur des faits réels et surtout… vécu par ses proches et lui-même) qui se cherche en cherchant les autres, tout simplement. Alors quel bazar peut-il se créer lorsqu’il doit revenir sur les lieux de son enfance, qui sont les mêmes que ceux qui abritent l’intrigue du best-seller dont il est l’auteur ?

Le plus : Indéniablement, le style ! Le culot, l’humour, l’amour, les émotions diverses et variées qui sont distillées tout au long de ce roman. L’histoire en elle-même est divertissante quoiqu’un peu prévisible, mais la manière dont elle se déroule, le rythme, les interactions entre les personnes, l’ensemble est savoureux. Les sujets traités sont parfois tristes, souvent nostalgiques. La maladie, la jalousie, l’adolescence, les rapports entre humains, tout y est décrypté d’une façon admirable, avec une approche plutôt légère qui met tout le monde à l’aise. J’ai beaucoup, beaucoup aimé, notamment les réflexions et références du personnage principal, qui se rapprochent dangereusement de celles que nous pouvons avoir…

Le moins : Le plus ou moins happy end à l’américaine (forcément, tout ne peut pas être noir de chez noir, mais quand même). Certes, nous ne sommes pas épargnés par les tragédies dans ce livre, malgré tout, le ton de la romance, si bien amenée sur son fonctionnement compliqué, redevient banal. Sans rien vous dévoiler de plus, vous pourrez constater que mon bémol reste assez discutable…

Je viens de finir…

Une place à prendre, J.K. Rowling

J’ai repris le chemin de la lecture après un long moment d’abstinence (à croire que ce nouveau métier me prend un temps fou fou fou… ah ben oui, c’est vrai !) et je n’étais qu’à moitié convaincue en me lançant dans l’aventure. Je l’ai offert à mon petit mari lors de sa sortie, lequel a apprécié. Attention, résumé :

En bref : C’est l’histoire d’un mec… non, pardon, ce n’est pas cette histoire-là. Donc, c’est l’histoire d’une petite bourgade bien conservatrice qui fonctionne sous l’égide d’un conseil paroissial tout puissant. Lorsque l’un des conseillers meurt d’une crise cardiaque, certaines langues se délient et caractères s’affirment alors qu’une lutte acharnée pour la prise du poste vacant voit le jour. En parallèle, des tranches de vie, plus ou moins approfondies, de plusieurs acteurs du village sont délayées dans l’intrigue.

Le plus : On plonge avec délice dans les descriptions de certains personnages, hauts en couleur. Les détails font parfois frémir tant ils collent à certains aspects de nos propres personnalités. Mais le trait un peu grossier sur quelques caractères nous ramènent à la réalité du roman. L’intrigue se tient, sans grande surprise quant à son dénouement, mais avec des petits rebondissements légers qui agrémentent la lecture. Les personnages, parfois secondaires, sont pour certains attachants quand d’autres vous révulsent littéralement. Une plume aiguisée quant à la description des choses, émotions et profils. Des mots qui n’hésitent pas à appeler un chat un chat, de la transparence et donc du plaisir accru à la lecture de plusieurs passages.

Le moins : C’est dur de s’accrocher. Les débuts, loin d’être racoleurs, sont plan-plan et soporifiques. Cela dit, les amateurs de séries américaines sirupeuses et au long cours y trouveront leur compte, dès les premières pages (oui, je sais, le livre est écrit par une anglaise, mais c’est franchement du pareil au même, là). Une fois que vous avez passé les, je ne sais plus vraiment, quarante ? cinquante premières pages ? Le fil de l’histoire vous donne enfin envie d’y revenir. Une histoire agréable, donc, mais loin d’être une révélation pour moi.

Impromptus : Une tache de vin bien marquée

J’ai découvert l’excellent site Les Impromptus Littéraires  je ne sais même plus grâce à quel hasard de clics… et me voilà embarquée dans l’aventure qu’ils proposent (un thème sur lequel il faut broder avec des mots) !

Ma première contribution, pondue en 20 minutes, une heure après avoir pris connaissance de leur existence (première publication 20.04.08, il y a presque cinq ans…) :

 Une tache de vin bien marquée…

Elle lui sourit. Tout sur son visage reflète l’amour qu’elle lui porte. Il en est certain.

Le repas terminé, il se lève rapidement pour l’aider à se séparer de sa chaise, et lui tend son bras, à la manière des grands gentlemen.

Ils se dirigent vers la sortie, presque les yeux dans les yeux, assurément la main dans la main. Une tension s’installe entre eux. Il croit profondément à la diffusion et au partage du désir sensuel qui commence à l’étreindre.

Il repense à ce merveilleux diner. La subtilité des plats choisis, concoctés avec brio par le Chef du restaurant. La robe noire, classique, élégante, qu’elle met en valeur tout naturellement. Un rien l’habille. Ses mains graciles qui virevoltent autour des couverts, du pain et des condiments mis à disposition, du verre de vin… Ce même verre de vin, qui tombe sous l’impulsion imprévue d’une main maladroite, blanche comme la neige, aux ongles soignés. Plaisir des yeux, contraste des couleurs, que de riches images à conserver.

Justement, à l’aide de ses souvenirs précautionneusement rangés dans un coin de sa mémoire, il hume de nouveaux les fumets des mets qu’ils ont sous le nez, également de la fragrance qu’elle porte, si diaboliquement envoûtante. Son attention revient à ce verre de vin, malencontreusement renversé au moment de passer au dessert. Une manière expéditive d’inviter le serveur à débarrasser le couvert pense-t-il.

Il ne se laisse pas déconcentrer. En attendant leurs vêtements chauds laissés au vestiaire le temps du repas, il invite son esprit à revivre le plaisir des papilles, des oreilles. Le croquant de ce crustacé, dont le bruit de cassure provoque une montée de salive dans sa bouche. Le crépitement des larges bougies, douces lueurs qui animent la soirée. La saveur du plat principal, qui n’égale pas celle de ce baiser furtivement échangé avant la maladresse de la belle. Oui, encore ce verre de vin renversé.

Il se réprimande intérieurement, persuadé de s’accrocher à cette image en raison de la grande qualité de ce vin, judicieusement conseillé par le maitre d’hôtel des lieux. Il tente de penser à autre chose, le temps de mettre le manteau sur les épaules de la personne qui l’accompagne.

Rien n’y fait, il voit très nettement, malgré des efforts insoupçonnables de l’extérieur pour visualiser autre chose, cette tache rouge qui s’étale harmonieusement et insidieusement sur la nappe blanche. Le contraste des couleurs, oui, ça doit être ça. La raison qui fait qu’il n’arrive pas à diriger ses pensée sur une autre image. Insidieusement. Le mot résonne à l’intérieur de son crâne.

Vin. Tâche. Insidieusement.

Et là, au moment pile où il passe le pas de la porte devant elle en signe de bienséance, à l’instant précis où il s’offre aux regards des passants et autres touristes qui circulent sur les trottoirs illuminés de la ville, à la seconde même où devant la façade du restaurant on ne voit que lui, il comprend.

Cette fois-ci, pas un bruit, aussi infime soit-il, pas un soupçon d’odeur, pas une particule à savourer. Il part. Immédiatement. Sans souvenirs à garder.

Il part avec une seule sensation, le poids qui traverse les épaisseurs chargées de le protéger des agressions extérieures. Et un seul sentiment, la stupeur. Soit, une distance s’était peu à peu établie. Mais au grand jamais il n’aurait pensé à cela. Le métal chauffé par la déflagration lui cuit la peau. L’amour n’était plus ? Et cette tendresse alors ? Etait-elle feinte ? Non, il ne pouvait y croire. Et pourtant, le verre de vin…

(j’ai rajouté une phrase de détails dans les dernières lignes, suite aux commentaires lus sur le site en question, car la trame que j’invitais à deviner à (vraiment) demi-mot dans les derniers paragraphes n’avait pas fait mouche… saurez-vous maintenant la découvrir ?)

Mon impromptu : la pièce en trop

– Oh ! Que fais-tu là, toi ?

Je la regarde et me sens soudain envahie d’une profonde tristesse. Au soulagement mêlé d’excitation, dont l’issue d’un mille pièces est souvent teintée, succède une lassitude qui ne m’avait pas visitée depuis des lustres.

La voilà, sous mes yeux, dodue dans ses formes, chétive par la taille, fragile par sa matière. La voilà, toute bleue, appelant mon regard de son vernis mat, précieuse et rare, isolée sur l’immense mer de carton qui l’entoure.

Ma peine grandit quand je pense à la place qu’elle n’a pu, qu’elle n’a su trouver. Je m’interroge sur mes motivations à l’avoir laissée là, tout au fond. Seulement, aurais-je pu faire autrement ? Si l’opportunité m’était donné de changer le cours des choses, et d’enfin lui trouver un petit espace, même minuscule, dans ce grand tableau morcelé à peine achevé… le ferais-je ?

Je ne crois pas.

Je réfléchis un instant, les yeux rivés sur ce petit bout d’histoire en attente. Je n’ose pas la prendre, la toucher, ni même l’approcher. Je la fixe et continue mon monologue intérieur, m’efforçant de rester insensible à l’appel azuréen de sa face illustrée.

– Je ne peux pas te faire exister, dis-je, le cœur gros, les lèvres tremblantes. Je ne peux pas te glisser dans mon histoire, c’est impossible. Tu ne peux pas rester là, tu perturbes le cours des choses… tu me bouleverses ! Et tu n’en as pas le droit !

D’un pas décidé, le fond de la boîte à la main, je m’installe à la fenêtre et lance un dernier regard au petit objet que je m’apprête à envoyer dans les airs. En un clignement d’yeux, je lui envoie les images des souvenirs que nous n’avons pu créer ensemble. D’un regard appuyé, je lui chante silencieusement les mots que nous n’avons pas entonnés de concert.

Mes doigts s’approchent, tendres,  la caressent doucement, l’étreignent avec douceur. Et dans une grande inspiration, je souffle la pièce de vie alors délicatement posée sur mes lèvres, qui s’élève dans une magie tourbillonnante, créant un camaïeu de bleu, comme un baiser volé aux jours que nous n’avons pas traversés ensemble.

Plume Vive
écrit pour les Impromptus Littéraires