Impromptus : La pluie nous souriait

Le ciel vert olive annonçait une belle journée. Le réveil de la communauté se déroulait en silence ce matin, comme un accueil révérencieux du printemps qui tentait désespérément de se faire une place dans le froid de mars. Les yeux hagards des adultes croisaient la malice pétillante des plus jeunes, au milieu des volutes de fumée qui se dégageaient des braseros du petit-déjeuner. Cet espoir sans cesse renouvelé chez la nouvelle génération nous fatiguait, nous, les grands. Cette joie lumineuse de chaque jour représentait cependant l’unique raison pour eux de se lever, nous en étions bien conscients. L’air crépitait des odeurs de viande grillée et de maïs rôtis. La vie, branlante, fragile et incertaine, était bien là, tout autour et en nous.

Puis chacun a vaqué à ses occupations…

Je ne sais plus qui a entendu le clapotis le premier. Si nous avions été plus attentifs, nous aurions pu distinguer très nettement le nuage en question, intégré dans le camouflage de l’horizon. Des images carminées teintent aujourd’hui ce souvenir. Le hurlement de l’enfant qui a reçu la première goutte résonne encore en moi, profondément. Au signal d’alarme lancé par notre sentinelle au dentier rafistolé et à la crinière blanche, nous sommes devenus des fourmis, nous réunissant sous les abris en tôle réservés à cet usage. Nous nous sommes poussés les uns contre les autres, sans grande bousculade, plus dans l’envie de se rassurer de la présence de l’autre, nos corps pris de frissons d’angoisse se reconnaissant quasi-immédiatement. Les auvents de fortune avaient été aménagés de manière suffisamment spacieuse pour que le moindre d’entre nous puisse s’y abriter.

Malheureusement, on y trouvait de plus en plus de place.

C’était devenu la nouvelle mode, visiblement. De pluie en pluie, certains d’entre nous se sentaient pousser des ailes de courage et de bravoure. Nous savourions de ce fait le luxe d’une aisance supplémentaire à chaque ondée. Mais à quel prix ? Certains décidaient d’y passer en famille, et parfois sans même en avoir informé les enfants au préalable. D’autres n’avertissaient personne et s’offraient, sous le regard horrifié de leurs proches, ces derniers si choqués qu’ils ne prenaient pas la possibilité de les rejoindre afin de ne pas rester seuls ensuite. Ces différents spectacles nous étaient ainsi proposés régulièrement. Aussi écœurants que déchirants. Aussi pathétiques que libérateurs. Je sais que nous étions plusieurs à les envier, ces kamikazes de l’extrême. Parce que leur décision était synonyme de délivrance. Pour eux du moins. Car nous concernant, ce choix ne nous rappelait que nos perspectives réduites d’avenir et les erreurs, graves, du passé.

Ce jour-là, c’est une famille entière, debout face à nous et unie par leurs mains, qui nous a quittés.

La pluie a ouvert sa symphonie par une mélodieuse musique sur les toits des abris. Un brouhaha plus tard, nous étions tous à couvert, tous, sauf eux. La mère de famille regardait son homme, et chacun d’eux étreignaient la main de l’un de leurs deux enfants, placés entre eux. L’aînée et son jeune frère baissaient leur tête, comme résignés. La jambe gauche du petit garçon qui ne cessait de tressauter témoignait de sa peur. Sa sœur serrait si fort la main de sa mère que quelques gouttes de sang ont commencé à tomber des jointures de leur union, les ongles de l’une s’enfonçant dans la peau de l’autre. Tout va très vite, à chaque fois. Des premières gouttes éparses naissait une averse drue et puissante. C’est dans l’entre-deux que le petit garçon a fait entendre sa voix, tel un louveteau à l’appel des siens.

Quelques secondes seulement.

Quelques secondes de sons gutturaux, de mouvements désordonnés et d’éclaboussures vermillon. La famille, arrivée aux limites de son désespoir, n’était plus. Symbole de la déraison dont notre espèce a fait preuve pendant tant de décades, ces courageux combattants de la vie avaient décidé de mettre un point final à leur lutte. Pour eux, plus de culture de l’unique aliment résistant à la piètre qualité de la terre, de l’air et du peu d’eau demeurant sur la planète, le maïs. Pour eux, plus d’abattage, en vue de subsister, de la seule race d’animaux dont la loyauté a primé sur l’intelligence de s’éteindre par elle-même, les chiens, ces amis fidèles qui ne se doutaient de rien jusqu’à leur dernier souffle sous nos haches. Pour eux, finie l’hypocrisie d’une vie comme la nôtre, que d’autres ne pouvaient s’empêcher de perpétuer, que dis-je, de perpétrer.

Cinq à six fois par an, la pluie nous souriait.

Et nous finissions par lui sourire à notre tour, les uns après les autres.

L’impromptu de la semaine : Le sacre de l’été

Photo personnelle - Tous droits réservés

La dernière rose fane sa couleur délicatement poudrée au milieu d’une herbe roussie. Les insectes stridulent à tout va, pour quelques minutes encore… Le soir arrivant, l’horizon se pare de chaudes teintes savamment mêlées à un turquoise qui semble avoir été créé pour l’occasion. L’air est tiède, chargé d’une odeur inimitable, de celles que l’on ne peut définir et qui invitent pourtant mille images derrière nos paupières fermées : la douceur d’un grain de peau ensoleillé, une mer translucide et parfaitement iodée, le vert tendre d’un végétal au toucher léger comme l’air, un chat qui s’étire dans le bien-être le plus total…

Et soudain, l’odeur change, présageant un orage dans l’heure. Il est même déjà là.

La pluie fait teinter la moindre partie métallique qu’elle trouve à sa portée, se contentant d’un bruit mat mais net sur les minéraux, le verre, les plastiques. Son rythme effréné, s’intensifiant à mesure que le grondement encore lointain se rapproche, rythme les battements des cœurs environnants. Le luxe ultime de ces moments précieux réside dans le temps que l’on va prendre pour apprécier le spectacle… Se délecter du nettoyage minutieux de chaque relief terrestre… Laisser les corps résonner au son d’une musique unique et éphémère, inspirer profondément les effluves résultant de l’union de la terre et du ciel…

Puis revenir à la réalité, sortir d’un songe d’une nuit d’été, au cœur d’une fraîcheur noctambule et d’un silence à couper le souffle. Savourer le moment suspendu, comme le privilège de goûter à l’après d’une communion sensuelle de la Nature et des éléments.

L'impromptu de la semaine : A la croisée des chemins

A gauche, à droite, sa tête dodeline en même temps qu’elle lui permet d’observer les routes qui se présentent à lui. Un carrefour perdu au milieu de la campagne qu’il arpente sans relâche.

La chaleur étouffante de ce mois de juillet fait luire quelques gouttes de sueur qui perlent les unes après les autres sur son front. Ses lèvres rouges et charnues se craquèlent depuis plus d’une semaine maintenant, malgré les quantités astronomiques d’eau qu’il a ingurgitées toute la journée.

Une langueur s’empare de lui, alors qu’il est debout, droit comme la troisième voyelle de l’alphabet, sur le bas-côté végétalisé de la départementale. Voilà des mois qu’il déambule, mais ça doit être la première fois qu’il s’interroge sur le chemin à emprunter.

Mû depuis des semaines par une énergie presque inexplicable pour un jeune homme qui restait jusqu’à présent terré dans sa chambre d’adolescent complexé, la moiteur de la région donne aujourd’hui comme de minuscules coups de frein à sa cavale.

Il y a quelques jours déjà, cette voiture dont la conductrice, à la fois suspicieuse et angoissée, l’avait redéposé à peine quelques minutes après l’avoir embarqué au snack du petit village durement atteint dans la matinée. Alors en plein soleil, sous un cagnard digne des régions méditerranéennes, il avait dû se rendre à peu près présentable pour trouver une bonne âme. A l’évocation de ce souvenir, il sourit et remercie mentalement la fontaine de la mignonne petite commune dans laquelle Madame-je-ne-sais-pas-si-je-dois l’avait déposé. Le maire de cette bourgade a eu la gentillesse de lui permettre de rallier la plus grande ville avoisinante, à près d’une heure de là. C’est grâce à ce charmant vieux monsieur, qu’il a pu faire face pendant deux jours aux hautes températures qui accable les environs. Les trois grandes bouteilles d’eau achetées sur la place du marché lui avaient été bien utiles.

Mais là, debout sous le soleil de plomb, chancelant sous le poids de l’indécision, il essaie surtout de chasser cette image idyllique d’eau à profusion. Aucun centime en poche, une allure de moins en moins avenante et la saison estivale n’arrangeant rien à son état général, la poursuite de sa quête allait se durcir. Sa quête… quelle quête déjà ? Il se souvient… il se souvient être parti. Pourquoi ?

Le manque d’eau et l’isolement des derniers jours compliquent le cheminement de sa réflexion. Il tombe d’épuisement sur l’herbe roussie qui l’accueille rudement dans un bruit sec. Machinalement, le garçon porte la main à sa poche arrière qui le gêne dans son assise, et en retire un objet plat, à la face fissurée. Son téléphone. Son téléphone, dont l’écran a rendu l’âme sous le poids de la chute. Son téléphone, qui ne veut plus démarrer, à sec de ses trois jours de réserve. Le dernier chargement des batteries avait été réalisé dans le hall d’une gare, à force de charme auprès d’une jeune fille en attente de son train. C’était il y a trois jours déjà. Trois jours sans voir un humain ou une étendue d’eau, même croupie.

De la station assise à la position allongée, il n’y a qu’un faible élan qui ne tarde pas face à l’épuisement général de ce corps meurtri par les carences dont il est victime. Ce corps si jeune, si frêle, qui subit quasiment depuis la première seconde du coup de tête qui l’a mené sur le sentier du doute et de la colère.

Le jeune homme ferme les yeux, sa main droite touchant du bout des doigts le goudron brûlant, qui lui rappelle vaguement où il est. Il sent sur son visage les rayons ravageurs de l’astre dominant le ciel. Ses yeux cuisent sous ses paupières closes et sa gorge sèche devient insupportable. Son ventre émet des gargouillis de faim et de torture digestive qui arrivent à le faire sourire alors que ses pensées s’évanouissent doucement…

Un bruit de moteur, au loin. Il n’est déjà plus là, comme dans une lévitation céleste. Une sirène se fait entendre, jusqu’à désagréablement vriller ses pensées profondes. Brusquement, son cœur fait un bond dans sa poitrine. Non, il ne retournera pas là-bas. Bouge-toi ! Mais bouge-toi donc ! Son corps est déjà parti, lui. Il semble qu’il n’y ait que les battements de son organe de vie qui lui répondent, en saccadant leur rythme, défiant toute logique rythmique.

Les sirènes se rapprochent… Mais le jeune homme n’est plus en mesure de les entendre, sa peur s’évaporant dans les dernières gouttes de sueur sorties de son corps, à la croisée des chemins.

Immersion #1 – 1

Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Nîmes
Audience à juge unique d’un lundi de septembre 2014
19 dossiers au rôle

Mue par la curiosité universelle qui flotte autour des faits de société et l’envie de rencontrer mes pairs, je pousse doucement la porte de la salle d’audience, déjà si familière sous mes doigts. Je suis étonnée par le public peu étoffé sous mes yeux : à peine une douzaine d’âmes gravite autour des bancs et du bureau de l’huissier, derrière lequel patiente déjà une file de cinq personnes. Quatre avocats, sagement posés sur les banquettes en bois qui leur sont réservées en première ligne, discutent le bout de gras et échangent de la paperasse. L’ambiance est toujours bon enfant, avant la séance, entre les robes noires. Même après, le plus souvent, ce qui peut parfois surprendre suite aux débats. Une escorte flâne, un léger sourire aux lèvres et l’esprit visiblement ailleurs. Il passera les deux premières heures d’audience assis sur un des sièges « presse », collé sur la gauche de la salle. La greffière, quant à elle, est déjà sur les starting-blocks. Je m’installe sur le tout dernier banc au fond de la salle, proche de l’allée centrale.

Beaucoup d’allers et retours, la porte qui s’ouvre sans bruit pour laisser entrer un brouhaha joyeux de sonneries de téléphone, de discussions animées et de marches sonores dans la salle des pas perdus. Contraste certain avec le silence feutré de la salle d’audience dans laquelle quelques fourmis s’activent pourtant, chuchotant pour certains, écoutant attentivement pour d’autres. Des clients rencontrent leur avocat, des personnes se perdent dans la mauvaise salle d’audience et subitement, une sonnerie retentit. Nul doute, la cour est à la porte. L’huissier le confirme en l’annonçant, demandant au public de se lever. Le substitut du procureur s’installe. Dans la salle, un adolescent, ou pas beaucoup plus vieux, fait de la résistance et reste assis. Ses collègues le sermonnent à voix basse, jetant des coups d’œil gênés à droite et à gauche. Ils partiront quelques minutes plus tard, sans aucune discrétion, vers la salle d’audience dans laquelle ils devaient finalement se trouver. La jeune femme qui est entrée pour s’installer sur le siège de la présidence prononce son délibéré, décision de justice d’une audience antérieure -février 2014- qui nécessite une étude approfondie avant que le président ne se prononce. La culpabilité du prévenu est reconnue, pour une récidive de CEA (conduite sous l’empire d’un état alcoolique) : 3 mois fermes. Elle informe que la composition du tribunal change pour la suite de l’audience. Tout le monde se lève, au départ de la magistrate et à l’arrivée du nouveau juge.

Je remarque une dame d’une cinquantaine d’années, avec un voile aux motifs dorés, qui semble pétrifiée et en pleine interrogation sur sa présence en ces lieux. Un avocat s’entretient vivement avec l’un de ses clients. Un officier affichant une grimace comique entre par la porte qui jouxte le box des prévenus sous escorte, pour disparaître aussitôt. Il est 14h10 et la salle de remplit doucement. Un couple s’installe devant moi, discret et mal à l’aise. A ma droite se chamaille un duo édenté d’une soixantaine d’années. Un couple dont l’homme, nonchalant, n’arrive pas à chuchoter semble être satisfait de leur programme de l’après-midi. Sur ma droite, un couple maghrébin est clairement inquiet, l’un se tord les doigts, l’autre regarde avec anxiété vers l’estrade. Un homme fait jouer des élastiques autour de ses dossiers rouges roulés serrés, indifférent aux regards courroucés de ses voisins d’audience. Un homme est assis à mes côtés, répandant une forte odeur d’alcool qui devient un grand classique des bancs du fond d’une salle d’audience. Un mouvement de foule incessant, avec la porte battante comme point central, accompagne la présentation du premier dossier.

(…)

L'impromptu de la semaine : Animaux imaginaires

Animaux de la boutique des étrangetés

Poussinge
Petit mammifère presque cubique, mais pas très haut, qui, non content de faire des grimaces et d’amuser la galerie à longueur de journée, grandit à la vitesse de la lumière, perdant son duvet jaune étincelant à chaque mue, c’est-à-dire, de manière hebdomadaire.
– Conseils de soins : Omnivore. Il dort dès qu’il fait nuit et a besoin de beaucoup d’affection.
– Conseils d’adoption : Gens peu enclins au ménage, s’abstenir. Excellente adaptation dans les familles avec enfants.

Autruchemin
Grande volatile de deux mètres, sa morphologie l’empêche de voler, ce qui lui vaut de pleurer une bonne partie des matinées. Il se calme au son d’une voix chantante. Il possède deux yeux extrêmement globuleux et expressifs qui lui permettent d’obtenir à peu près tout ce qu’il désire, et ce sans hypnose. A tendance à se perdre pendant ses promenades.
– Conseils de soins : Herbivore. Un collier à puce est à prévoir pour le retrouver facilement.
– Conseils d’adoption : Chanteurs de salle de bains et non-trekkeurs, passez votre route.

Papivert
Très vieil animal, l’ancêtre de tout organisme vivant, cet hybride dont on ne connaît pas les origines à tendance à oublier son âge. Il court donc la femelle dès qu’il en a l’occasion, se retrouvant souvent frustré de ne pouvoir l’honorer, car c’est après de longues années de chasse qu’il peut enfin trouver un c… cœur à prendre. Et parfois il y arrive. Attention, animal très fertile.
– Conseils de soins : Carnivore. Un calendrier perpétuel et des contraceptifs adaptés peuvent être utiles.
– Conseils d’adoption : Adoptants avec une espérance de vie au taquet, et une bonne mémoire.

Tortutu
Petite chose pleine de volume, dont la tête se distingue souvent mal du fondement. Roule sur elle-même à la manière d’un Popple, et chantonne toute la journée. S’entend très bien avec l’Autruchemin. D’un diamètre de 30 centimètres, elle ne prend pas de place. Parfait doudou vivant qui se nourrit de l’affection de ses maîtres et d’oeufs. Rare spécimen animal à aimer tout le monde.
– Conseils de soins : Oophage. Prévoir des séances quotidiennes de câlins et des oeufs. Beaucoup d’œufs.
– Conseils d’adoption : Il faut avoir du temps à lui consacrer. Et les nerfs bien solides (il ne chante pas toujours très juste).

Chevallée
Mammifère d’une taille imposante, il ne vit que dans des espaces herbeux très vastes, avec des reliefs, car il a besoin de galoper au creux de montagnes. De l’entretien de sa musculature dépend son épanouissement. Quelque part un peu artiste, car il aime la lumière, les couleurs et les fleurs (autant à admirer qu’à déguster, les fleurs). Et la poésie aussi. Peut bien s’entendre avec le Poussinge, qu’il porte volontiers sur son dos.
– Conseils de soins : Herbivore. Ranch ou haras serait l’idéal pour l’accueillir.
– Conseils d’adoption : Si vous n’êtes pas créatif dans l’âme, ça risque d’être compliqué.

Crépigeon
Petit oiseau aux ailes très longues, il s’amuse à frôler les maisons pour en régulariser les enduits à la chaux, dont il se nourrit. Sans réelle interaction avec sa famille adoptante, il propose néanmoins des spectacles de haut vol qui peuvent divertir lors des soirées entre amis ou quand il faut impressionner la famille. Déménager régulièrement permet de maintenir des relations de voisinage cordiales.
– Conseils de soins : Régime non réellement identifié. Pas grand-chose d’identifié le concernant, d’ailleurs.
– Conseils d’adoption : Adoptant qui cherche à faire une bonne action, essentiellement.

Confettigre
Le plus festif des mammifères : grâce à sa dentition exceptionnelle, il déchiquète en quelques secondes de quoi animer vos plus folles soirées. Permis de détention obligatoire (six mois de formation). Espace extérieur dédié recommandé (ou budget de rénovation intérieure annuelle à prévoir). Animal qui fait sensation, même auprès de votre banquier.
– Conseils de soins : Carnivore. Pour des raisons financières, l’élevage de sa nourriture est conseillé…
– Conseils d’adoption : Adoptants au gros caractère, car il faut savoir lui tenir tête (mais pas trop près).

Impromptu de la semaine : L'inventaire farfelu

Farfelu, farfelu… comme vous y allez. Toqué tant qu’on y est ? Est-ce ma faute, à moi, si j’aime :

Les pois, les poissons, volants, rouges et exotiques, amorphes ou extatiques
Réveiller les morts, les vieux démons, les consciences, les papilles, les sens et les esprits
Les voiles, actées en théâtre, frivoles en fenêtre, du grand large
Amuser la galerie, mon chat, l’autre, mon prochain, l’assistance
Le goût des choses, des autres, des merveilles et de la vie
Plonger dans l’eau, céans, dans son regard, dans le noir, la piscine, les abimes, l’inconnu
Les sciences, physiques, imaginaires, humaines, politiques et, redondance, occultes
Me rouler dans l’herbe, dans la farine, dans la boue et rouler dans les flaques
Les appétits d’ogre, gargantuesques et insatiables, de tout, de rien, de ces petites choses décidément grandes et qui ne sont que peu de choses, faites de petits riens
Savourer le thé, l’instant, le fumet, les belles personnes, les victoires
La nuit, le jour, le soleil, la lune, l’astre et l’étoile, le dragon et l’Histoire
Aligner les mots, les faire tinter comme du cristal, résonnance sur raisonnement, alcôve de secrets éphémères jetés en pâture et en lecture
La torture de l’amour, les crampes de l’affection, les douleurs de l’attachement, toi
Rêver, songer, espérer, entrevoir, méditer, penser, fantasmer, me projeter
Le vent sur ma peau, l’air dans tes cheveux, la brise contre mon sein, un souffle sur ma nuque
Vivre, mille vies, mille morts, mille expériences, mille revers, mille réussites, mille émotions.

Impromptu de la semaine : Rose et rainette

Ben voilà, comme d’habitude, ce sont toujours les mêmes qui sont punis. Allez rendre service, moi, je vous dis ! Elle me demande d’aller lui chercher quelques grillons et bien entendu, que je m’adresse à notre voisine de nénuphars qui en fait le commerce n’a pas plu à madame. Evidemment que non. C’est sur les roses que madame m’a envoyé dès qu’elle m’a vu arriver du trottoir d’en face, malgré ma gueule pleine d’insectes charnus. C’est ma faute à moi, si je n’aime pas chasser et que la voisine détient les plus beaux spécimens de l’étang ? Elle le savait, la bougresse, quand on s’est acoquiné, que je n’étais pas porté sur la chose. Mais peu importe, je vais en profiter pour faire un somme, je ne connais rien de plus moelleux qu’un cœur de rose pour piquer un roupillon et se refaire une santé. Et la prochaine fois que madame me demandera de ramener la pitance, c’est elle, que j’enverrai sur les roses ! Non mais !

Image de départ :

Impromptu de la semaine : La délicatesse des liaisons

Les histoires passées, douloureuses, heureuses, ne définiront pas notre présent.

Avec bienveillance et foi en l’avenir, les jours partagés se dérouleront paisiblement.

 

Derrière nous, les moments difficiles,

En nous, les émotions non feintes,

Loin de nous, les démons fossiles,

Intérieures, nos douces craintes.

C’est avec amour et compassion,

Amitié, cœur et courage,

Timidité tremblante et admiration,

En constante attention sur l’ouvrage,

Savourant silences et chansons,

Sourires, soupirs, désir, plaisir…

Et emprunts de douceur, que nous renaîtrons.

 

Difficultés à traverser,

Epreuves à transcender,

Sursauts de vie à préserver.

 

Légitimer ce que nous créons ensemble,

Il ne peut y avoir plus belle finalité.

Alors que nos cœurs encore en tremblent,

Il ne peut exister de meilleure visée.

Selon que ton âme décidera du meilleur ou du pire,

Oracle inattendu de nos amours tumultueuses,

Nous aurons une relation à savourer tout à loisir,

Sensuelle, presque rêvée… ou vénimeuse.

Impromptu de la semaine : Week-end de bricolage

Deux mois que je le tannais avec cette histoire d’étagères, forcément, il a bien dû s’y mettre hier ! Premier week-end de libre depuis notre retour de vacances, c’était le moment idéal. Alors oui, égalité hommes-femmes, tout ça, mais… non ! Je ne mettrai la main sur une perceuse pour rien au monde, trop peur de les abîmer et de ne plus pouvoir jouer de mon très cher piano. Seulement, tenir la planche, récupérer les vis et les ajuster dans les équerres, tout en faisant attention à ne pas tomber, la tâche en solitaire était ardue. J’ai donc été mise à contribution, contre mon gré.

Jouer les petites mains ne me passionnait guère. Alors j’ai commencé à jouer. Jouer avec tout ce qui me passait devant les yeux, sous la main, par la tête… Tout d’abord, l’un de mes index a farfouillé dans les clous, vis, rivets et boulons de la caisse béant à nos pieds, seul objet à proximité. Puis je les ai triés. J’ai fini par m’ennuyer de rester si sage, n’étant sollicitée que pour tenir un outil ou faire le coursier statique des pièces métalliques de fixation. Une moue exaspérée sur le visage, mes pensées se sont éclipsées loin, bien loin de la bibliothèque, et finir par s’évader vers la chambre à coucher.

Des envies extrêmement éloignées de notre activité du moment ont envahi mon cerveau. Difficile de me concentrer, malgré la simplicité évidente de mon rôle dans le montage de nos étagères. Même la perspective d’enfin pouvoir retrouver mes livres encore en cartons n’arrivait pas à calmer les visions, plus qu’équivoques, qui défilaient à toute allure dans mon esprit. Le croissant de peau que son t-shirt laissait entrevoir à chacun de ses mouvements, juste à hauteur de mes yeux, livrant ainsi les poils de son ventre à mon imagination déjà fertile, n’a absolument pas arrangé les choses !

Un mélange étrange s’est produit dans mes rêveries, bricolage et luxure étroitement liés, et contre toute attente, loin d’être incongrus une fois réunis. Une main tenant fermement une vis, laquelle parcourait de sa pointe l’un de mes seins, provoquant une intense chair de poule, autant alimentée par le contact froid du métal que par l’éventualité d’une minuscule griffure sur ma peau. Un mètre-ruban devenu souple pour les besoins de mon fantasme, jouant délicatement dans mes cheveux longs. Un gant épais et rugueux frottant ma cuisse nue… Assez ! D’une main ferme, j’ai attrapé la sienne, l’ai fait descendre de son escabeau puis l’ai entraîné, sans un mot, sans un regard, vers la chambre.

Je n’aime pas bricoler. Pas les étagères d’une bibliothèque en tous cas.

Avec les moyens du bord…

Un an que nos corps ont parfait notre découverte mutuelle, qu’ils se sont reconnus pour ne plus jamais perdre leur savoir sur l’autre. Une petite année que nous nous sommes dévoilés, au sens propre comme au sens figuré, que l’on a réellement pu mettre une évidence sur des sensations.

Si j’ai douté pendant ces mois qui ont vu notre passion perdurer, notre amour se bonifier et notre complicité sans cesse augmenter, je sais aujourd’hui que la manière dont tu t’es accroché à chaque fois que l’angoisse s’emparait de moi était du domaine du surnaturel, tu le sais déjà, mais surtout motivée par une vision plutôt réussie de l’avenir.

Ce que je redoutais le plus, nous sommes en train de le traverser, durement, péniblement, douloureusement, mais ensemble, autant que possible. Si certaines de mes craintes se sont confirmées, beaucoup de tes espoirs se sont tout autant concrétisés aujourd’hui… une vie commune se prépare, des acquisitions pour « notre » vie s’envisagent, des projets pour le futur partagé se dessinent.

Si je devais choisir un mot pour résumer toutes ces semaines de tendresse, ces jours de connivence, ces heures de rire, ces minutes d’envie, ces secondes de bien-être, ce serait « merci ». De tellement de choses, pensées, actes, faits et gestes, que j’aurais bien du mal à tout détailler ici, mais puisque nous fêtons un évènement des plus réjouissants aujourd’hui, je ne vais en écrire qu’un…

Merci de m’avoir reconnue.