Impromptu de la semaine : Ca a débuté comme ça

Ça a débuté comme ça. Moi j’avais jamais rien dit. Rien. Mais ça m’est tombé dessus, d’un coup. Pourtant, pas un mot plus haut que l’autre, jamais. Mais ça a débuté comme ça. Des regards perdus, des soupirs légers, des sourires qu’on oublie et l’enthousiasme qui se meurt. Alors on pense qu’on le perd, on le voit partir, mais on ne sait pas trop où. Alors on essaie de savoir, on questionne, on bouscule un peu, on titille, souvent. Moi j’avais jamais rien dit. Rien. J’essayais juste de comprendre, de saisir ce qui se jouait, là, sous mes yeux, invisible cruauté. Je tentais, à maintes reprises, de reprendre la main, de conserver ce petit bout de tissu tiède, qui endort si facilement le soir, quand on a besoin de réconfort. Je croyais à des lendemains chantants, ensoleillés, où tout le monde retrouverait sa place, juste comme avant. Ça a débuté comme ça. Un détachement sourd et sournois, une affection que l’on vit et que l’on vide de toute substance, petit à petit, une alchimie qui se perd dans la réalité et perdure dans les souvenirs, insaisissable cruauté. Mais moi, j’avais jamais rien dit, rien ! Je ne demandais qu’à donner, offrir, toujours, toujours plus, toujours plus fort. Je voulais partager cet océan d’amour doucereux niché à l’intérieur de moi, cet océan peut-être un peu écoeurant, à force, mais toujours sincère. Mais on n’en a plus voulu. On l’a regardé sans dédain, juste avec de l’indifférence. Le niveau de l’eau est alors monté. Et le ressac, de plus en plus pressant, m’a rendue malade. J’ai creusé, creusé loin, pour écoper cette amère eau salée, pour éviter de me noyer dans ces sentiments qui finissaient par stagner, là, tout au fond. Ça a débuté comme ça. J’ai fini par me perdre dans le bleu de son âme et goûter le fer du sang de son coeur. J’ai fini par vomir cet amour, ces douleurs, ce trop-plein de lui. Ça a débuté comme ça. Moi j’avais jamais rien dit. Rien.

Pour prendre connaissance du thème de la semaine, c’est par là.

Pour savoir ce qu’est un impromptu, c’est par ici.

Impromptus : Une tache de vin bien marquée

J’ai découvert l’excellent site Les Impromptus Littéraires  je ne sais même plus grâce à quel hasard de clics… et me voilà embarquée dans l’aventure qu’ils proposent (un thème sur lequel il faut broder avec des mots) !

Ma première contribution, pondue en 20 minutes, une heure après avoir pris connaissance de leur existence (première publication 20.04.08, il y a presque cinq ans…) :

 Une tache de vin bien marquée…

Elle lui sourit. Tout sur son visage reflète l’amour qu’elle lui porte. Il en est certain.

Le repas terminé, il se lève rapidement pour l’aider à se séparer de sa chaise, et lui tend son bras, à la manière des grands gentlemen.

Ils se dirigent vers la sortie, presque les yeux dans les yeux, assurément la main dans la main. Une tension s’installe entre eux. Il croit profondément à la diffusion et au partage du désir sensuel qui commence à l’étreindre.

Il repense à ce merveilleux diner. La subtilité des plats choisis, concoctés avec brio par le Chef du restaurant. La robe noire, classique, élégante, qu’elle met en valeur tout naturellement. Un rien l’habille. Ses mains graciles qui virevoltent autour des couverts, du pain et des condiments mis à disposition, du verre de vin… Ce même verre de vin, qui tombe sous l’impulsion imprévue d’une main maladroite, blanche comme la neige, aux ongles soignés. Plaisir des yeux, contraste des couleurs, que de riches images à conserver.

Justement, à l’aide de ses souvenirs précautionneusement rangés dans un coin de sa mémoire, il hume de nouveaux les fumets des mets qu’ils ont sous le nez, également de la fragrance qu’elle porte, si diaboliquement envoûtante. Son attention revient à ce verre de vin, malencontreusement renversé au moment de passer au dessert. Une manière expéditive d’inviter le serveur à débarrasser le couvert pense-t-il.

Il ne se laisse pas déconcentrer. En attendant leurs vêtements chauds laissés au vestiaire le temps du repas, il invite son esprit à revivre le plaisir des papilles, des oreilles. Le croquant de ce crustacé, dont le bruit de cassure provoque une montée de salive dans sa bouche. Le crépitement des larges bougies, douces lueurs qui animent la soirée. La saveur du plat principal, qui n’égale pas celle de ce baiser furtivement échangé avant la maladresse de la belle. Oui, encore ce verre de vin renversé.

Il se réprimande intérieurement, persuadé de s’accrocher à cette image en raison de la grande qualité de ce vin, judicieusement conseillé par le maitre d’hôtel des lieux. Il tente de penser à autre chose, le temps de mettre le manteau sur les épaules de la personne qui l’accompagne.

Rien n’y fait, il voit très nettement, malgré des efforts insoupçonnables de l’extérieur pour visualiser autre chose, cette tache rouge qui s’étale harmonieusement et insidieusement sur la nappe blanche. Le contraste des couleurs, oui, ça doit être ça. La raison qui fait qu’il n’arrive pas à diriger ses pensée sur une autre image. Insidieusement. Le mot résonne à l’intérieur de son crâne.

Vin. Tâche. Insidieusement.

Et là, au moment pile où il passe le pas de la porte devant elle en signe de bienséance, à l’instant précis où il s’offre aux regards des passants et autres touristes qui circulent sur les trottoirs illuminés de la ville, à la seconde même où devant la façade du restaurant on ne voit que lui, il comprend.

Cette fois-ci, pas un bruit, aussi infime soit-il, pas un soupçon d’odeur, pas une particule à savourer. Il part. Immédiatement. Sans souvenirs à garder.

Il part avec une seule sensation, le poids qui traverse les épaisseurs chargées de le protéger des agressions extérieures. Et un seul sentiment, la stupeur. Soit, une distance s’était peu à peu établie. Mais au grand jamais il n’aurait pensé à cela. Le métal chauffé par la déflagration lui cuit la peau. L’amour n’était plus ? Et cette tendresse alors ? Etait-elle feinte ? Non, il ne pouvait y croire. Et pourtant, le verre de vin…

(j’ai rajouté une phrase de détails dans les dernières lignes, suite aux commentaires lus sur le site en question, car la trame que j’invitais à deviner à (vraiment) demi-mot dans les derniers paragraphes n’avait pas fait mouche… saurez-vous maintenant la découvrir ?)

Mon impromptu : la pièce en trop

– Oh ! Que fais-tu là, toi ?

Je la regarde et me sens soudain envahie d’une profonde tristesse. Au soulagement mêlé d’excitation, dont l’issue d’un mille pièces est souvent teintée, succède une lassitude qui ne m’avait pas visitée depuis des lustres.

La voilà, sous mes yeux, dodue dans ses formes, chétive par la taille, fragile par sa matière. La voilà, toute bleue, appelant mon regard de son vernis mat, précieuse et rare, isolée sur l’immense mer de carton qui l’entoure.

Ma peine grandit quand je pense à la place qu’elle n’a pu, qu’elle n’a su trouver. Je m’interroge sur mes motivations à l’avoir laissée là, tout au fond. Seulement, aurais-je pu faire autrement ? Si l’opportunité m’était donné de changer le cours des choses, et d’enfin lui trouver un petit espace, même minuscule, dans ce grand tableau morcelé à peine achevé… le ferais-je ?

Je ne crois pas.

Je réfléchis un instant, les yeux rivés sur ce petit bout d’histoire en attente. Je n’ose pas la prendre, la toucher, ni même l’approcher. Je la fixe et continue mon monologue intérieur, m’efforçant de rester insensible à l’appel azuréen de sa face illustrée.

– Je ne peux pas te faire exister, dis-je, le cœur gros, les lèvres tremblantes. Je ne peux pas te glisser dans mon histoire, c’est impossible. Tu ne peux pas rester là, tu perturbes le cours des choses… tu me bouleverses ! Et tu n’en as pas le droit !

D’un pas décidé, le fond de la boîte à la main, je m’installe à la fenêtre et lance un dernier regard au petit objet que je m’apprête à envoyer dans les airs. En un clignement d’yeux, je lui envoie les images des souvenirs que nous n’avons pu créer ensemble. D’un regard appuyé, je lui chante silencieusement les mots que nous n’avons pas entonnés de concert.

Mes doigts s’approchent, tendres,  la caressent doucement, l’étreignent avec douceur. Et dans une grande inspiration, je souffle la pièce de vie alors délicatement posée sur mes lèvres, qui s’élève dans une magie tourbillonnante, créant un camaïeu de bleu, comme un baiser volé aux jours que nous n’avons pas traversés ensemble.

Plume Vive
écrit pour les Impromptus Littéraires

Impromptus : tennis

La chaleur de la pierre se diffuse sur la plante de mes pieds, grignotant chaque orteil de sa langue douillette. Je change régulièrement de position pour constamment apprécier les grains chauffés de la roche contre ma peau. J’aime cette sensation apaisante, réceptionnée par toutes les cellules de mon corps. Une quiétude que le soleil, le contact de la pierre, le bruit des vagues et le vent qui agite mes cheveux entretiennent à merveille. Je ferme les yeux et laisse mon esprit vagabonder loin, aussi loin que peuvent flotter mes longs cheveux, caressant mon visage de tous côtés, s’emmêlant un peu au passage, certes, mais qu’importe !

Je suis au bord de la mer, le soleil de l’Ouest dorant délicatement les morceaux de peau que je laisse à son appétit, c’est-à-dire presque tout. Arrivée en deux pièces-paréo, je me suis débarrassée de ce dernier en descendant de ma bicyclette. J’ai ôté, sans les dénouer mes tennis d’été, dès le premier rocher escaladé, trop impatiente de goûter à ce minéral surchauffé et accueillant. Et maintenant, les yeux toujours fermés, je laisse toute mon âme se nourrir du bruit des vagues qui  viennent chanter leur poésie à qui daigne les écouter. Je donne mes pores en alerte et ma chevelure sans attache au vent qui joue avec eux comme un jeune chiot fraichement débarqué de sa portée. Je m’offre au soleil bienveillant, qui darde ses rayons avec sagesse dans cette région de légendes, écartant légèrement mes bras et mes jambes, pour qu’il m’imprègne de ses couleurs pétillantes. Je ressens la roche sous mes pieds, comme un prolongement de moi-même, ou peut être est-ce moi qui devient son extension, je ne sais pas… cela fait simplement naitre en moi la savoureuse sensation d’être réellement terrienne.

~ consigne ~

Impromptus : Jazz

Alors qu’une musique délicieuse m’accompagne via les hauts parleurs intégrés de mon ordinateur portable, je pianote tranquillement ma séduction sur le clavier. Appuyée de quelques coups d’oeils à la webcam, je la diffuse en une profusion de mots efficaces et ravageurs. Mon interlocuteur a chaud, je le vois sur son petit avatar animé, en haut à gauche de mon écran. Lui ne me voit pas, et c’est très bien comme ça. Il se laisse bercer par le son virtuel de mes mots, baigné, je le sais, par la même musique que celle qui cajole mon ouïe pendant que je lui écris mes envies. C’est dans un souffle réel que je termine ma phrase en cours par un « maintenant ! » péremptoire et bien reçu : alors que la trompette continue de rythmer nos ébats verbaux, la tension monte d’un cran lorsqu’il dégrafe son pantalon, en gros plan devant l’objectif de sa caméra. L’avatar animé devient tout de suite plus visible et surtout, suggestif. Sa main s’attarde, je la vois dessiner les contours de son membre et en flatter l’épaisseur. Les battements de mon cœur s’accélèrent… nous passons aux choses sérieuses. Ma propre main fait le tour de mon anatomie, cherchant le moindre centimètre carré de peau sensible à l’expérience, s’attardant sur les zones qu’elle sait érogènes chez sa propriétaire, finissant son trajet dans la chaleur de mes cuisses. Mon correspondant continue de s’activer et nous finissons par être en accord total sur le tempo de notre plaisir solitaire curieusement partagé. D’une oreille distraite, j’entends un piano se joindre aux cuivres et je profite d’une montée en puissance que je veux freiner pour livrer mes impressions, en tapant mon ressenti, tenter du moins, de faire passer mes émotions malgré la barrière que nous opposent les outils de communication modernes que nous avons à notre disposition. Je dois réussir à m’exprimer clairement, car il arrive au paroxysme de son exercice et montre une facilité impressionnante à faire durer le moment. Je le rejoins sans mal, excitée par le spectacle qu’il me propose si crûment et je finis de consommer ma félicité sur les dernières notes bleues de So What…

~ consigne ~

Impromptus : Si je ne rentrais pas

Si je ne rentrais pas ? Oui, une soudaine envie de ne plus rentrer. Chez moi, dans le moule, que sais-je…

Rouler, à n’en plus finir, avaler les kilomètres de bitume, autant que mon réservoir m’en laisserait en engloutir. Puis abandonner la voiture lorsque l’intégralité de mon essence se sera évaporée en fumées nocives de mon pot d’échappement. Alors je marcherai(s) des milliers de milliers de mètres, à en user mes chaussures jusqu’à la corde. Je continuerai(s) sur la plante nue de mes pieds et quand la corne se sera installée, par-dessus le sang de mes blessures d’expérience et de la sueur de mes efforts, j’achèverai(s) mon pèlerinage au bord de la mer. Sur une plage douce de sable ocre, je reposerai(s) mes muscles endoloris par ce voyage tant initiatique qu’impromptu. Puis je regarderai(s) vers l’horizon, pour réfléchir, méditer, apprendre. De mes choix, de mes erreurs, de cette rupture. Je penserai(s) avec douleur et amertume à mes enfants, laissés derrière, sur un coup de tête loin d’être empreint de spiritualité, juste d’épuisement et de sursaut salvateur. Je reverrai(s) avec peine mes souvenirs d’amoureuse, nos joutes et nos ébats, tout ce qui aura fait de moi une femme. Les yeux remplis de larmes et le cœur en berne, je prendrai(s) conscience de ceux que j’aurais abandonnés.

Je mettrai(s) dans une balance imaginaire ce que j’aurais appris sur mon chemin, ceux que j’aurais découverts, ce qui m’aura grandie. En face, les êtres chers, mes constructions, mes projets, même branlants. Je regarderai(s) avec attention l’équilibre précaire se livrer bataille à lui-même et me plongerai(s) dans un état d’angoisse intense, pour encore mieux vivre le résultat tant attendu. Alors, je m’apercevrai(s) que ce qui est derrière est finalement devant.

Et c’est toujours à cet instant précis de mes pensées que je passe le pas de ma porte…

consigne

Mon impromptu de la semaine

C’est dimanche aujourd’hui. L’air est couleur du miel. Les cigales font entendre leur mélodie ensoleillé tandis que les bruits d’eau dans laquelle on plonge ponctuent le silence doucereux d’un après midi provençal. La chaleur moite fait coller les vêtements et son corsage n’est pas exempt de ce traitement, sans aucun doute de faveur à mes yeux lorsque je découvre la pointe érigée de ses seins qui semble vouloir percer le tissu. Elle s’approche de moi, effleure de la main mon épaule nue, puis finit par se diriger vers le réfrigérateur et sa cargaison de boissons fraiches. Elle se penche doucement, habilement même, de manière à laisser le coton de sa jupe légère embrasser la peau humide de ses jambes hâlées. Son cul ainsi parfaitement dessiné, immobile, m’hypnotise jusqu’à me faire sursauter lorsque le son de sa voix parvient à mes oreilles engourdies. Oui, je veux bien de sa bière, froide comme la couleur de ses yeux, piquante et divine en bouche comme les sucs de son épiderme sur ma langue. Elle revient vers moi, la peau collée par le moindre centimètre de tissu qui la recouvre déjà à peine. Son sourire en dit long sur la suite des réjouissances, elle n’a pas que soif d’un partage de bière, c’est certain. Elle s’agenouille devant moi, la bouteille qui perle au creux de sa main. Je la lui retire des doigts pour la passer sur son front parsemé de mèches rebelles qui la rendre terriblement sexy. Elle me donne la chair de poule en me caressant les bras de la fraîcheur récemment accueillie par ses mains. Je réponds à son sourire et à ses envies d’un regard sans équivoque. Je dépose alors ce qui m’occupe les mains pour les utiliser à des fins beaucoup plus lubriques que la prise d’une goulée de liquide froid qui titillerait un gosier desséché… ce que nous n’avons pas manqué de faire toutefois, avant de plonger dans un océan de braises.

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Mon impromptu de la semaine

Cinq ans que je ne les ai pas touchés. Cinq ans qu’ils ont fermé la porte de ma sérénité. Cinq ans que je tiens à la force de mon abnégation, au supplice de ma peine. Cinq années volées au désarroi de les voir chaque jour s’étioler un peu plus. Cinq années endurées à la sueur de mes égards injustement appréciés. Cinq années qui ont creusé le fossé qui nous sépare et la fosse qui nous attend. Cinq années que je fête leur départ comme on ponctue un deuil qui ne veut pas se faire. Mes rêves…

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Mon impromptu de la semaine

Il fut un temps où Les nuages couraient sur la lune enflammée
Rousse, ronde, irréelle, semblable à mon âme torturée,
Le doute et l’angoisse baignant de leurs miasmes le tiède air
Alors que les ronces coupables s’enfonçaient dans mes chairs.

Aujourd’hui, une mélodie, un regard, un son, un geste équivoque,
Puis c’est toute une réalité qui rejoint une douloureuse époque,
Ere que l’on croit révolue, bannie, sans retour paisible possible
Si ce n’est celui de hanter, cruel pouvoir, mes nuits pénibles.

Les souvenirs, intenses et spectraux, ont été gravés au fer chaud,
Faisant grésiller leurs histoires d’une puissance de feu sur ma peau.
Et malgré une boue inattendue et salvatrice qui coulent sur mes brûlures,
Cette mince couche minérale n’efface pas les profondes boursoufflures.

Ces boules de coton qui glissaient alors sur l’astre incandescent,
Ouate éphémère, petites sphères de bonheur léger, aérien, transparent,
N’ont jamais su masquer son égocentrisme et son appétit démesuré
De cœurs blessés, de confiances mutilées, de corps souillés…

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L'impromtu du lundi

J’ai cru pouvoir dépasser les limites de l’entendement sans perdre ma dignité, j’ai cru être capable d’atteindre les plus hauts cieux sans brûler mes ailes, j’ai cru toucher du doigt la vérité belle et inaccessible, d’un autre monde. J’ai tant souhaité teinté les autres de ma différence, faire de ma philosophie une doctrine à suivre, prêter mon regard pour une vie meilleure.

J’ai douloureusement pris conscience de mon humanité, intégré à quel point je pouvais être dépourvu de talent caché, conceptualisé mes hypothétiques dons en médiocres qualités. J’ai déchanté de me savoir à la merci de l’autre, me suis rongé les sangs de souffrir ainsi, flagellé de ne pouvoir mettre un terme à cette mascarade.

La vie sera mon châtiment. Les jours qui passent me verront courber l’échine, lever le regard les jours volontaires, grogner quelques secondes quand le soleil me chatouillera l’orgueil. La vie sera ma punition. Les années qui défilent cristalliseront mon désaveu de rendre les miens heureux, la lâcheté de mon renoncement à toute autre forme d’existence.

Je sais pertinemment que de ce fait, je vous lie à jamais à cette peine, c’est la faible lumière qui éclaire mes choix. La sécurité de ne pas être seul sur le chemin, de toujours imaginer ce que j’ai créé dans le sillon de mes pas. La garantie de ne pas vivre ce purgatoire sans un peu d’amour, même lointain, même imaginaire, même usurpé.

Pardonne-moi.

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