Impromptus : La pluie nous souriait

Le ciel vert olive annonçait une belle journée. Le réveil de la communauté se déroulait en silence ce matin, comme un accueil révérencieux du printemps qui tentait désespérément de se faire une place dans le froid de mars. Les yeux hagards des adultes croisaient la malice pétillante des plus jeunes, au milieu des volutes de fumée qui se dégageaient des braseros du petit-déjeuner. Cet espoir sans cesse renouvelé chez la nouvelle génération nous fatiguait, nous, les grands. Cette joie lumineuse de chaque jour représentait cependant l’unique raison pour eux de se lever, nous en étions bien conscients. L’air crépitait des odeurs de viande grillée et de maïs rôtis. La vie, branlante, fragile et incertaine, était bien là, tout autour et en nous.

Puis chacun a vaqué à ses occupations…

Je ne sais plus qui a entendu le clapotis le premier. Si nous avions été plus attentifs, nous aurions pu distinguer très nettement le nuage en question, intégré dans le camouflage de l’horizon. Des images carminées teintent aujourd’hui ce souvenir. Le hurlement de l’enfant qui a reçu la première goutte résonne encore en moi, profondément. Au signal d’alarme lancé par notre sentinelle au dentier rafistolé et à la crinière blanche, nous sommes devenus des fourmis, nous réunissant sous les abris en tôle réservés à cet usage. Nous nous sommes poussés les uns contre les autres, sans grande bousculade, plus dans l’envie de se rassurer de la présence de l’autre, nos corps pris de frissons d’angoisse se reconnaissant quasi-immédiatement. Les auvents de fortune avaient été aménagés de manière suffisamment spacieuse pour que le moindre d’entre nous puisse s’y abriter.

Malheureusement, on y trouvait de plus en plus de place.

C’était devenu la nouvelle mode, visiblement. De pluie en pluie, certains d’entre nous se sentaient pousser des ailes de courage et de bravoure. Nous savourions de ce fait le luxe d’une aisance supplémentaire à chaque ondée. Mais à quel prix ? Certains décidaient d’y passer en famille, et parfois sans même en avoir informé les enfants au préalable. D’autres n’avertissaient personne et s’offraient, sous le regard horrifié de leurs proches, ces derniers si choqués qu’ils ne prenaient pas la possibilité de les rejoindre afin de ne pas rester seuls ensuite. Ces différents spectacles nous étaient ainsi proposés régulièrement. Aussi écœurants que déchirants. Aussi pathétiques que libérateurs. Je sais que nous étions plusieurs à les envier, ces kamikazes de l’extrême. Parce que leur décision était synonyme de délivrance. Pour eux du moins. Car nous concernant, ce choix ne nous rappelait que nos perspectives réduites d’avenir et les erreurs, graves, du passé.

Ce jour-là, c’est une famille entière, debout face à nous et unie par leurs mains, qui nous a quittés.

La pluie a ouvert sa symphonie par une mélodieuse musique sur les toits des abris. Un brouhaha plus tard, nous étions tous à couvert, tous, sauf eux. La mère de famille regardait son homme, et chacun d’eux étreignaient la main de l’un de leurs deux enfants, placés entre eux. L’aînée et son jeune frère baissaient leur tête, comme résignés. La jambe gauche du petit garçon qui ne cessait de tressauter témoignait de sa peur. Sa sœur serrait si fort la main de sa mère que quelques gouttes de sang ont commencé à tomber des jointures de leur union, les ongles de l’une s’enfonçant dans la peau de l’autre. Tout va très vite, à chaque fois. Des premières gouttes éparses naissait une averse drue et puissante. C’est dans l’entre-deux que le petit garçon a fait entendre sa voix, tel un louveteau à l’appel des siens.

Quelques secondes seulement.

Quelques secondes de sons gutturaux, de mouvements désordonnés et d’éclaboussures vermillon. La famille, arrivée aux limites de son désespoir, n’était plus. Symbole de la déraison dont notre espèce a fait preuve pendant tant de décades, ces courageux combattants de la vie avaient décidé de mettre un point final à leur lutte. Pour eux, plus de culture de l’unique aliment résistant à la piètre qualité de la terre, de l’air et du peu d’eau demeurant sur la planète, le maïs. Pour eux, plus d’abattage, en vue de subsister, de la seule race d’animaux dont la loyauté a primé sur l’intelligence de s’éteindre par elle-même, les chiens, ces amis fidèles qui ne se doutaient de rien jusqu’à leur dernier souffle sous nos haches. Pour eux, finie l’hypocrisie d’une vie comme la nôtre, que d’autres ne pouvaient s’empêcher de perpétuer, que dis-je, de perpétrer.

Cinq à six fois par an, la pluie nous souriait.

Et nous finissions par lui sourire à notre tour, les uns après les autres.

Atelier d'écriture – 5

Bon, z’êtes prêts ? Nan parce que les choses sérieuses commencent, là… Déjà qu’on a perdu les trois quarts des effectifs de base, je sens que je vais être seule sur le final !
Allez, on y croit ! On boucle notre atelier d’écriture pour la fin du mois ! Hop, hop, hop !

Il s’agit cette fois-ci, attention, avant-dernière étape… de rédiger. Oui, vous m’avez bien lue. Le truc de fou : un atelier d’écriture qui fait écrire. Du jamais vu !

Poème, prose, bref, le style que vous voulez, mais il vous faut employer au moins 5 des mots de chacune de vos listes préalablement réalisées.

Alors, cap’ ou pas cap’ ?

(pour reprendre du début, c’est par ici ! Et la dernière étape… le 30 juin prochain !)

Atelier d'écriture – 4

Ok, on est chaud bouillant, on continue dans les séries de 10 et aujourd’hui, ce sont 10 verbes (j’ai bien dit verbes !) qui illustrent l’usage qu’on peut faire avec cet objet.
Cochoncetés autorisées (mais après, faut assumer !)

Je suis aux aguets pour découvrir vos productions respectives !

(pour reprendre du début, c’est par ici ! Et la suite… le 14 juin prochain !)

Atelier d'écriture – 3

Maintenant que vous avez 10 jolis mots qui tournent autour de votre objet de base, on les réserve, vous savez, comme en cuisine.
Nous allons corser la chose en réfléchissant à 10 termes qui riment avec notre objet !

C’est à vous en commentaire !

(pour reprendre du début, c’est par ici ! Et la suite… le 2 juin prochain !)

Atelier d'écriture – 2

Vous avez votre objet ? Alors fouillez maintenant ! Mais plus dans vos poches, non, dans la langue ! Enfin, le français quoi…

Ajoutez en commentaire 10 mots qui font partie du champ lexical de l’objet choisi ou qui en sont des synonymes. C’est à vous !

(pour reprendre du début, c’est par ici ! Et pour la suite, c’est par là !)

Atelier d'écriture – 1

J’ai tellement envie que nous écrivions ensemble ! Allez, au boulot pour la première partie !

-> Faites l’inventaire de votre sac à main (ou à dos ou sacoche ou vos poches…) et choisissez un objet.

Vous pouvez participer par commentaire, sur votre blog ou par mail (je publierai le résultat ici) !

Qui m’aime me suive !

(Pour la suite, c’est par là !)

Il m'aura fallu près de deux mois…

Pour me remettre à l’écriture. Mais j’y suis !

J’écris pour d’autres blogs, articles que je relaierai ici, mais également, comme toujours, sur ce que j’ai lu/vu/entendu. Je vais oser caresser l’espoir de croire être en mesure de rêver de pouvoir reprendre les impromptus, également.

Un lectorat, autre que les irréductibles qui se comptent sur les doigts d’une, oh peut-être deux mains, sera-t-il sensible à mes mots ? Carpe diem…

C’est parti !

A nouvelle année…

…nouveau départ !

Cette année est placée sous le signe de l’acceptation de ce que l’on peut offrir à l’autre, aux autres.

Pour ma part, j’ai décidé d’enfin assumer être en mesure de donner quelque chose de précieux et original à mon prochain, via l’écriture.
Donc le blog reprend un peu de souffle, pour m’aider dans ma tâche.

Première étape, un atelier d’écriture (jeté comme un pavé dans la mare ici-même en fin d’année dernière sans me soucier d’affoler ou non ma vingtaine de lecteurs encore présente -courageux que vous êtes !). Les réponses des participants (virtuels comme dans la « vraie vie ») seront lisibles en commentaires de chaque article. Rendez-vous en fin de semaine.

Prêts ? Lisez… écrivez… vibrez… vivez !

Impromptus : Une tache de vin bien marquée

J’ai découvert l’excellent site Les Impromptus Littéraires  je ne sais même plus grâce à quel hasard de clics… et me voilà embarquée dans l’aventure qu’ils proposent (un thème sur lequel il faut broder avec des mots) !

Ma première contribution, pondue en 20 minutes, une heure après avoir pris connaissance de leur existence (première publication 20.04.08, il y a presque cinq ans…) :

 Une tache de vin bien marquée…

Elle lui sourit. Tout sur son visage reflète l’amour qu’elle lui porte. Il en est certain.

Le repas terminé, il se lève rapidement pour l’aider à se séparer de sa chaise, et lui tend son bras, à la manière des grands gentlemen.

Ils se dirigent vers la sortie, presque les yeux dans les yeux, assurément la main dans la main. Une tension s’installe entre eux. Il croit profondément à la diffusion et au partage du désir sensuel qui commence à l’étreindre.

Il repense à ce merveilleux diner. La subtilité des plats choisis, concoctés avec brio par le Chef du restaurant. La robe noire, classique, élégante, qu’elle met en valeur tout naturellement. Un rien l’habille. Ses mains graciles qui virevoltent autour des couverts, du pain et des condiments mis à disposition, du verre de vin… Ce même verre de vin, qui tombe sous l’impulsion imprévue d’une main maladroite, blanche comme la neige, aux ongles soignés. Plaisir des yeux, contraste des couleurs, que de riches images à conserver.

Justement, à l’aide de ses souvenirs précautionneusement rangés dans un coin de sa mémoire, il hume de nouveaux les fumets des mets qu’ils ont sous le nez, également de la fragrance qu’elle porte, si diaboliquement envoûtante. Son attention revient à ce verre de vin, malencontreusement renversé au moment de passer au dessert. Une manière expéditive d’inviter le serveur à débarrasser le couvert pense-t-il.

Il ne se laisse pas déconcentrer. En attendant leurs vêtements chauds laissés au vestiaire le temps du repas, il invite son esprit à revivre le plaisir des papilles, des oreilles. Le croquant de ce crustacé, dont le bruit de cassure provoque une montée de salive dans sa bouche. Le crépitement des larges bougies, douces lueurs qui animent la soirée. La saveur du plat principal, qui n’égale pas celle de ce baiser furtivement échangé avant la maladresse de la belle. Oui, encore ce verre de vin renversé.

Il se réprimande intérieurement, persuadé de s’accrocher à cette image en raison de la grande qualité de ce vin, judicieusement conseillé par le maitre d’hôtel des lieux. Il tente de penser à autre chose, le temps de mettre le manteau sur les épaules de la personne qui l’accompagne.

Rien n’y fait, il voit très nettement, malgré des efforts insoupçonnables de l’extérieur pour visualiser autre chose, cette tache rouge qui s’étale harmonieusement et insidieusement sur la nappe blanche. Le contraste des couleurs, oui, ça doit être ça. La raison qui fait qu’il n’arrive pas à diriger ses pensée sur une autre image. Insidieusement. Le mot résonne à l’intérieur de son crâne.

Vin. Tâche. Insidieusement.

Et là, au moment pile où il passe le pas de la porte devant elle en signe de bienséance, à l’instant précis où il s’offre aux regards des passants et autres touristes qui circulent sur les trottoirs illuminés de la ville, à la seconde même où devant la façade du restaurant on ne voit que lui, il comprend.

Cette fois-ci, pas un bruit, aussi infime soit-il, pas un soupçon d’odeur, pas une particule à savourer. Il part. Immédiatement. Sans souvenirs à garder.

Il part avec une seule sensation, le poids qui traverse les épaisseurs chargées de le protéger des agressions extérieures. Et un seul sentiment, la stupeur. Soit, une distance s’était peu à peu établie. Mais au grand jamais il n’aurait pensé à cela. Le métal chauffé par la déflagration lui cuit la peau. L’amour n’était plus ? Et cette tendresse alors ? Etait-elle feinte ? Non, il ne pouvait y croire. Et pourtant, le verre de vin…

(j’ai rajouté une phrase de détails dans les dernières lignes, suite aux commentaires lus sur le site en question, car la trame que j’invitais à deviner à (vraiment) demi-mot dans les derniers paragraphes n’avait pas fait mouche… saurez-vous maintenant la découvrir ?)

L’impromptu du lundi et…

Lien fragile entre mes envies et ma vie
Intime sentiment récemment retrouvé
Beaucoup tuent en ton nom, c’est ainsi
Entorse à ton premier principe enseigné
Respecter l’espace et les droits d’autrui
Tout ce qui fait que l’on t’appelle liberté
Et qui fait de toi LE sujet de philosophie…

consigne